Par delà la mort reste la pomme de terre


Ce matin, tandis qu'un rhume scélérat m'accablait jusqu'au plus profond de mon être, je réfléchissais d'une humeur badine à la mort, à la maladie, à la souffrance et à la décrépitude. Je me disais que l'idée même de la mort, bien qu'attirante et séduisante, était tout de même un peu trop entourée de mystères divers pour une personne qui, comme moi, se pique de refuser, justement, le mystère et tout ce qu'il entraîne de charlatanisme et de croyances.
Malgré le nez qui coulait, je décidais donc d'essayer de ne pas mourir dans l'immédiat. Bien sûr, la mort aurait pu être la solution. A-t-on seulement jamais vu un mort éternuer ? Il ne me semble pas. Et quand je parle d'éternuements, je sais de quoi il en retourne. Ce matin, j'ai arrêté de compter après le huitième. J'avais la main pleine de morve, c'était dégueulasse, et je me suis traîné accompagné des explosions morveuses jusqu'au lavabo pour nettoyer les dégâts. J'avais perdu de ma superbe, je vous l'assure. M'auriez-vous vu à cet instant que vous eussiez sans doute considéré qu'il en était fini de l'insolent ascendant sur le reste du genre humain, que le phare de la pensée que je me targue d'être avait bien du plomb dans l'aile. Fort opportunément, je me cachais pour expulser des fosses nasales ces malheureuses sécrétions peu appétissantes. Cela me fait mal de devoir le reconnaître mais je n'étais pas très fier de moi et de mon corps défaillant.
Puisque j'avais écarté pour un temps l'idée de mourir, je continuais à vivre. Mais alors, il me fallait trouver une autre raison de penser. Je ne peux vivre sans penser. C'est un besoin vital, une condition sine qua non de mon existence. C'est que j'ai un cerveau bouillonnant qui est déjà réservé par la faculté qui tient à pouvoir le montrer aux jeunes étudiants pour les édifier. Ce cerveau est parfois pesant et, en ces rares moments d'effondrement que je peux connaître, je me prends à rêver d'en avoir un plus commun. Hélas, on ne commande pas à l'heure de la distribution de l'intelligence et ce n'est pas ma faute d'avoir eu droit à du rab lors de l'opération de dotation en neurones de qualité supérieure. Il est probable que d'autres aient pu s'en sentir spoliés mais qu'ils ne m'en veuillent pas, je ne suis en rien responsable de cet état de fait. Je suis désolé.
Penser à autre chose, c'était envisageable. Justement, un filet de pommes de terre était là. On ne réfléchit jamais assez au sujet de la pomme de terre, humble tubercule sans forme réelle, sans noblesse aucune. Et pourtant ! La pomme de terre est un miracle. J'illustre mon propos avec ce filet de pommes de terre photographié avec amour et déférence.


Si l'on considère trop souvent la pomme de terre comme l'aliment des masses laborieuses et populaires, si l'on ne lui prête ni qualité particulière ni intérêt notable, considérant bien à tort qu'elle est juste bonne à nourrir, à remplir la panse et à rassasier à bon compte, il ne faut pas oublier que tant de grands hommes on su l'accueillir à leur table. Nous ne citerons ici que le Général de Gaulle, Albert Einstein, Marie Curie, Pablo Picasso et Sylvie Vartan. Tous ont mangé de la pomme de terre, qui en purée, qui en frites, qui à l'eau.
La pomme de terre est frappée d'ostracisation. Les auto-proclamées élites que sont les thuriféraires de la culture biologique ne daignent pas s'abaisser à parler de la cause de la pomme de terre. Parle-t-on seulement, dans les salons, de la pomme de terre issue de la culture naturelle ? Non ! La carotte, la tomate, l'échalote ou la courgette ont droit de cité aux étals du maraîchage pour bobo écolo, pas la pomme de terre sinon à la marge, en tordant le nez et sans s'en vanter en société.
Connaissez-vous seulement une personne de ces CSP+ qui chante les louanges de la pomme de terre ? Je n'en connais pas. Ces personnes sont intarissables pour vous assommer de leurs propos débilitants à propos des "petites verrines affolantes" de Solange ou du "petit maraîcher bio" qui leur procure des fruizélégumes bios de toute beauté à la saveur incomparable ou du "petit vin" tiré d'une "petite vigne" sans intrants chimiques. Mais pour parler, en bien ou en mal, de la pomme de terre, il n'y a plus personne. C'est lamentable, c'est regrettable, c'est sot.
Est-ce que vous croyez que Macron et ses sbires s'intéressent à la pomme de terre ? Rien ne peut seulement le laisser penser et cela en dit long du mépris que ces nuisibles peuvent cultiver à l'encontre du bas peuple. La pomme de terre, ça ne fait pas assez "premier de cordée", ça ne fait que Gilet jaune, pue-la-sueur, chômeur. La start-up nation voulue par ce président de pacotille n'a que faire de la pomme de terre qu'elle ne croit pas assez moderne. Snober la pomme de terre, c'est snober le peuple de France.
Qui saura construire un programme politique autour de la question de la pomme de terre aura le soutien du peuple et c'est à cette condition que le peuple pourra prendre le pouvoir et prendre en mains son avenir.

Commentaires

1. Le dimanche 14 avril 2019, 14:14 par Georges Parmentier

il n'y a qu'une princesse,
c'est Amandine

2. Le dimanche 14 avril 2019, 14:33 par Tournesol

Voilà.Vous me dites ça alors que je sors d’une purée aux truffes accompagnée d’un saint émilion et d’un poulet rôti,précédé de carottes râpées main( avec leurs aulx et leurs anchois) suivies d’un plateau de fromage et d’une tarte aux pommes maison.Ceux qui dédaignent la pomme de terre méritent l’enfer qu’ils se sont créés .Na !
Entre nous,la pomme de terre a sa forme spécifique : le tubercule,qu’elle partage avec le tuber melanosporum et...la tuberculose!!!!!

3. Le dimanche 14 avril 2019, 14:41 par Liaan

Tout modeste (et Pompon) que je suis, je peux me targuer de connaître Serge Paillart, qui voue sa vie aux tubercules appelées pommes de terre. On peut retrouver un article sur son ouvrage ici.
Comme quoi.
N'oublions pas un film cinématographique essentiel :
Les patates de Claude Autant-Lara

4. Le dimanche 14 avril 2019, 15:38 par Le Prof Turbled

Le baratin, c'est bien, mais dans mon potager, y en a 100 pieds que je voile amoureusement depuis trois nuits, pour cause de négatives températures. Si ça, ça nest pas une preuve d'amour concrète, hein?
Comment veux-tu, Bercule?

5. Le dimanche 14 avril 2019, 16:38 par Sax/Cat

Moi j'aime les patates parce qu'il n'y a pas d'os dedans.
https://www.youtube.com/watch?v=Fts...

6. Le dimanche 14 avril 2019, 16:54 par arielle

Vous remuez le couteau dans la plaie, en allant chez ma mère ce midi j'ai oublié de prendre la purée châtaigne-pomme de terre et les gouttes pour les zoreilles du chien Matisse. Oui, je sais aucun rapport. Bon j'ai honte de cet oubli ! A part cela ne dit-on pas avoir la patate ? Pensez à toutes les façons de préparer ce tubercule non autochtone ! D'accord ça ne vaut pas les nouilles. J'ai été élevée aux nouilles, il faut dire. Stop ! J'entends déjà les commentaires : ah bein ça se voit ma pauvre. Que nenni, mon cerveau est bien aussi beau que le vôtre ;-)

7. Le dimanche 14 avril 2019, 16:57 par Sax/Cat

@arielle :
Nouilles qui sont tout autant non autochtones, il faut le préciser.

8. Le dimanche 14 avril 2019, 17:07 par arielle

@Sax/Cat : Tout à fait cher Sax ! Ce qui nourrit son homme est d'ailleurs :-)

9. Le dimanche 14 avril 2019, 17:17 par Sax/Cat

@arielle :
Ce qui nourrit sa femme aussi.

10. Le dimanche 14 avril 2019, 18:48 par Liaan

@Tournesol : Rappelez nous le son d'une Hachley-Delvilson !
Ouais, c'est en V.O.

11. Le dimanche 14 avril 2019, 18:52 par Le Prof Turbled

Et pas un seul courtisan pour conforter le Maître dans ses certitudes. Comment pouvez vous ainsi le laisser entrenir seul son complexe de supériorité?
La simple "gestion" de ce support à courants d'air prouve déjà qu'il n'a peur de rien.
C'est un début.

12. Le dimanche 14 avril 2019, 18:54 par Le Prof Turbled

Entretenir...bof, pour ce que ça change.

13. Le dimanche 14 avril 2019, 19:11 par Tournesol

@Sax/Cat : @arielle : mangeons de la purée de pois cassés et des lentilles du puy,de la farine de châtaigne,ça tient au corps !

14. Le dimanche 14 avril 2019, 19:50 par Marcel

Étonnant :
L'achard de légumes ne comprend pas de patate !
Comprend qui peut.

15. Le dimanche 14 avril 2019, 19:52 par Alerte !

La pomme de terre de Noirmoutier nouvelle est arrivée !

16. Le dimanche 14 avril 2019, 20:00 par Kukul Büté

Potato potato...
Y en a ici qui lisent Quadrado dans le texte.

17. Le dimanche 14 avril 2019, 20:08 par Liaan

@Kukul Büté : Kartofel-Kartofel-Kartofel (la Béhême de Lucien)

18. Le dimanche 14 avril 2019, 20:13 par d'Hubert Kühle

@Liaan : Sa BM tourne comme une patate.

19. Le dimanche 14 avril 2019, 20:26 par fifi

Pour les éternuements, mon ex-beau-père vous battait : un jour qu'il avait la mèche rebelle, 24 fois, il en était rouge et ça finissait plus par des : ATCHA ! voir même : ATCHI, on pouvait, avec un peu de volonté, des énormes ATCHIE, ATCHIER , voir va t' chié .
Pour la pomme de terre, je la trouve plus bourrative que nutritive, mais elle est tellement bonne de goût suivant la variété que cuite à la vapeur une noix de beurre lui suffit - mais une bonne noix, comme une mandarine . Et puis, allez demander aux allemands ce qu'ils pensent de la pomme de terre et surtout de " kartoffelschnaps " .
J'adore les pâtes, elles ne sont pas compliquées à cuisiner et il y a mille façons de les préparer, sauf que pour lutter la patate est plus forte que la nouille .
Que je vous explique, qu'un mouton n'est pas une bique :
Vous prenez deux pommes de terre à peu près identique, vous vous placez dans un près, par exemple, pour avoir de l'espace devant vous . Vous prenez la première pomme de terre dans la main droite si vous êtes droitier, dans la gauche si vous êtes verlan, et vous lancez la patate le plus loin possible, vous repérez où celle-ci est tombée . Vous vous munissez une baguette assez solide et flexible d'environ d'un mètre de longueur que vous aurez aiguisez, coté le plus fin de la baguette, vous piquez cette pointe dans la pomme de terre, et vous vous servez de la-dite baguette comme lanceur, vous allez comparer la distance, gamins, on faisait ça avec des pommes : ça fait mal . Cette combine avait été rapportée par ceux qui avaient fait l' Algérie, sauf que les autochtones " personne à huit cotés " qui défendaient leur pays, plantaient dans les pommes de terre des lames de rasoirs avant de les lancer sur les bidasses qui n'étaient là que pour sauver les blacks foots .
Il devaient se fendre la gueule ☻

20. Le dimanche 14 avril 2019, 21:10 par Le prof Turberculed

@fifi : Dites donc, leur budget lames de rasoir devait dépasser de beaucoup leur budget patates, à vos Fellaghas.
Nous aussi, quand on était sauvageons gamins, on pratiquait le lancer de pommes vertes à la baguette de noisetier. Pas sûr qu'on ait eu besoin de l'Algérie pour imaginer ce truc. Vous connaissez la flèche polynésienne? Et le propulseur de sagaie? Y a lurette que ça existe tout ça. Au moins 50000ans.

21. Le dimanche 14 avril 2019, 22:10 par Thierry la Fronde

Puisqu'on parle d'armes, il y a le pistolet à patate...

22. Le dimanche 14 avril 2019, 22:42 par fifi

@Thierry la Fronde : Et le fusil à marrons, où, par manque de munitions en plomb, ils chargeaient leurs fusils avec des châtaignes .

23. Le lundi 15 avril 2019, 17:26 par Dr Alex Terminet

A-t-on seulement jamais vu un mort éternuer ?
Cette réflexion profonde éclipse de loin toutes les polémiques soulevées sur les patates, car le fond du sujet est bien là !
Comment cette évidence a-t-elle pu échapper aux plus éminents spécialistes des rhumes, des morveux et des bronchiteux ? La contagion provenant dans tous les cas d'une dispersion incontrôlée autant qu'inconvenante de miasmes que l'enchifrené projette sans vergogne sur d'honnêtes citoyens en parfaite santé, il suffit donc d'abattre le renégat pour enrayer l'épidémie.
Une fois mort, le mauvais sujet enrhumé ne peut plus nuire à son entourage.
Avez-vous déposé un mémoire de vos travaux sur le sujet à la faculté, afin de faire voter au plus vite une loi allant dans le sens de vos conclusions.

24. Le lundi 15 avril 2019, 19:27 par Alain Théréjé-Nairal

Bien vu, cette idée d'indexer un programme politique sur la pomme de terre. Hélas, je crains que nos concitoyens, toujours à la recherche de surclassement (flatulences deux-trois étages au dessus du rectum), ne trouvent le génial tubercule trop peu glamour pour les enthousiasmer.

25. Le lundi 15 avril 2019, 19:38 par Tournesol

Il est encore temps d’en parler: si le macron était un plat,avec quoi le feriez vous passer? J’ai opté pour un blanc sec,un petit Sylvaner: vin d’Alsace quand même ( je ne me veux pas de mal) mais vin moyen,peu chaleureux,sans pretention,lui.
D’autres idées?Le Neg’ita, c’est après,pour digérer ou oublier....

26. Le lundi 15 avril 2019, 20:04 par Tournesol

Finalement,ce Sylvaner pétait le feu :-))

27. Le lundi 15 avril 2019, 20:12 par le Prof Turbled

@Tournesol : Avec du Coca, coincé entre deux tranches de pain de mie, entouré de cornichons et de salades! C'est un plat libéral enfanté par la mondialisation, non?

28. Le lundi 15 avril 2019, 20:20 par Tournesol

@le Prof Turbled : vous avez raison,mais comme dit plus haut,je ne me voulais pas de mal.Mais encore une fois,vous avez,hélas raison.