De l'importance de ses petites habitudes dans la marche du monde

Revoir mes habitudes pourrait avoir des implications insoupçonnées sur la marche du monde. Dit comme ça, on pourrait penser à une prétention exagérée, un manque flagrant d'humilité caractérisé. Et pourtant, je pèse mes mots, je les ai pensés et réfléchis. J'attends de vous que vous lisiez ces lignes avec autant de soin que j'ai pu en apporter à leur rédaction.
Pour que mon propos soit compréhensible, il sera peut-être nécessaire que je l'explicite. Il serait dommage que l'on puisse penser que je n'ai fait qu'aligner des mots pour constituer des phrases vides de sens. Surtout que ma volonté est qu'il y en ait, du sens. Beaucoup de sens. J'en connais qui écrivent pour ne rien dire, qui font du remplissage en mettant bout à bout des formules toutes faites et finissent par noyer le lecteur dans une accumulation de littérature indigeste vide de sens. Il est trop simple de masquer une absence de sens sous un épais manteau de mots à l'apparence savante et de bricoler des phrases qui n'en finissent pas de s'allonger dans la durée avec le seul but de feindre un propos profond et intelligent alors que, il faut le reconnaître, ça sonne terriblement creux et ça n'a pour autre fonction que de faire perdre pied en poussant le lecteur à se demander ce que l'auteur a bien pu vouloir dire en commençant cette phrase et pourquoi il est parti sur une autre idée qui ne semble pas avoir de lien réel avec ce qui pouvait être promis au départ et plus aucun du tout avec ce que l'on peut trouver à la fin, un peu comme si on vous parlait de la tarte aux endives après vous avoir demandé de vous concentrer sur l'enrichissement de l'uranium dans un premier temps. Moi, j'appelle ça du foutage de gueule, ni plus, ni moins.
Mais revenons à nos moutons. Je sens que, tout d'abord, il convient de préciser que je ne suis pas certain que la recette de la tarte aux endives existe. D'ailleurs, admettons qu'une telle chose existe puisque l'on s'intéresse à ce sujet qui, selon moi, ne le mérite pas. Je me dis que si cette recette existe, il n'est pas certain qu'elle soit intéressante. Non parce que, les endives, je ne sais pas si vous serez de mon avis, sont des légumes assez aqueux et il me semble que ça aurait plutôt tendance à détremper le fond de tarte. Alors oui, on pourrait sans doute concevoir une recette avec de l'endive (aussi appelée chicon) qui serait prise dans un appareil, une sorte de flan. On aurait alors quelque chose que l'on pourrait appeler "quiche aux endives". Pourquoi pas ? Personnellement, je ne m'y risquerai pas. Quoi que, si ça se trouve, ça peut être intéressant. Sinon, on peut aussi braiser ces endives dans du beurre en ajoutant du sel et du poivre. Certains persistent à tenter de contrer l'amertume de l'endive en pratiquant l'adjonction de sucre. Je m'élève contre cette pratique d'une part parce que cela enlève ce qui fait la spécificité de l'endive, son amertume, et, d'autre part, parce qu'il est bien connu que les endives d'aujourd'hui sont bien moins amères que ce qu'elles ont pu être. Admettez que si vous n'aimez pas l'amertume de l'endive il vous est facile de manger autre chose. Je ne peux pas comprendre que l'on décide malgré tout de manger des endives quand on ne les apprécie pas. Ça me semble absurde.
L'endive serait une chicorée. A présent, je n'en suis plus absolument sûr mais il semblerait que la chicorée à endives ne serait pas la même que la chicorée à chicorée. La chicorée est en perte de vitesse. Lorsque j'étais jeune, il n'était pas rare de rencontrer des personnes qui ajoutaient des grains de chicorée au café. Je ne déteste pas la chicorée mais, par honnêteté, je dois bien reconnaître que je n'en consomme pas. Pourtant, ce petit goût de noisette caramélisée est loin d'être désagréable. Nécessairement, la perte de l'habitude de l'utilisation de la chicorée dans la préparation du café doit venir de ce que nous avons appris à utiliser du café de meilleure qualité et qu'il nous apparaît comme une hérésie que de gâter le goût de ce café pur arabica. Nous sommes dans le même ordre d'idée que le refus d'ajouter un soda au cola ou du jus d'orange à un grand whisky single malt ou à une vodka très pure et au goût subtil. Et là, on peut se permettre de regretter que l'adoption de café de bonne qualité soit fait au détriment de la chicorée qui peut être à l'origine d'une boisson non dénuée d'intérêt gustatif en plus d'être digestive et souveraine en cas de constipation passagère de par ses vertus légèrement laxatives. Ainsi, je milite pour la réhabilitation de la chicorée et pour sa réintégration dans l'épicerie des ménages.
Pour l'autre point de ce propos qui concerne l'enrichissement de l'uranium, je reconnais ne pas avoir les compétences nécessaires pour vous enseigner les tenants et aboutissants de la chose. Je le regrette mais on ne peut pas tous savoir non plus. Sans promouvoir à l'excès les bénéfices de la spécialisation, je m'élève contre le saupoudrage du savoir général qui conduit trop souvent à n'en savoir que trop peu au sujet de tous les domaines de la science dans sa globalité. Cette pratique condamnable entraîne immanquablement à amener des personnes pleines de fatuité éreintante à s'exprimer à propos de tout et du reste en ramenant la connaissance du monde à un étalage d'anecdotes inutiles et trop superficielles. Imaginez un instant que je souhaite passer pour plus intelligent et que je regroupe quelques pauvres éléments de connaissance pour vous entretenir de, justement, l'enrichissement de l'uranium. Peut-être ferai-je illusion face à un auditoire de personnes influençables mais si je devais prendre la parole au pupitre d'un congrès de physiciens nucléaires, que pensez-vous qu'il adviendrait ? Sérieusement, on ne tarderait pas à percer l'imposture. Mais perce-t-on une imposture ? Les avis divergent sur ce point. Moi, j'ai envie de dire : et pourquoi pas ?
L'imposture intellectuelle est une plaie de nos sociétés modernes. Bien entendu, les imposteurs ne sont pas nés avec le siècle et il s'en trouvait déjà aux temps anciens. Aristote lui-même, le grand Aristote de la Grèce antique, fait aujourd'hui figure d'imposteur en cela qu'il pensait la Terre au centre de l'Univers, qu'il avait la certitude qu'une plume tombait moins rapidement qu'une pierre, qu'il estimait l'Homme à l'origine de tout ou presque. Mais il est des imposteurs encore plus néfastes et nous ne parlerons pas ici des engeances actuelles et du déversement de fausses nouvelles et de croyances parallèles qui vous bousillent un cerveau plus sûrement que les ondes radio-électriques d'un téléphone cellulaire. Conspuons les imposteurs, vouons-les aux gémonies, promettons-leur les pires sévices et mettons-les au ban de la société de toute urgence !
Ainsi donc, je vous ferai la grâce de vous penser assez idiots pour croire que j'aie la moindre légitimité à vous entretenir de l'enrichissement de l'uranium comme de le fission nucléaire. On nous laisse croire parfois que tout cela est finalement bien simple et que c'est juste une affaire d'ingrédients. J'en ai entendu, à la radio, pour dire que si les Coréens du nord ou les Iraniens de l'est parvenaient à le faire, c'est que c'était à la portée du premier venu. Laissez-moi rire un peu ! Je n'ai pas de sympathie particulière pour les dirigeants de ces pays, pas plus que pour les dirigeants des autres pays, notez-le au passage, mais je refuse que l'on prétende que les Coréens ou les Iraniens sont des imbéciles. Bref, je ne vais pas vous parler d'enrichissement d'uranium.
D'ailleurs, je ne vais pas non plus vous parler d'enrichissement personnel pour les mêmes raisons que je n'y connais pas grand chose et que je serais bien à la peine de vous conseiller quoi que ce soit à ce propos. Lorsque je dis que revoir mes habitudes pourrait avoir des implications réelles sur la marche du monde, cela ne signifie nullement pas qu'il serait préférable que je ne les change pas d'un poil. Au contraire, suis-je tenté de dire. En changer certaines pourraient conduire à l'élaboration d'un monde meilleur mais le gros problème des habitudes, c'est que l'on a tendance à s'y attacher. On parle parfois de "mauvaises habitudes" comme on parle de "mauvaises herbes". Cela implique qu'il existerait des habitudes et des herbes qui ne le seraient pas, mauvaises. Au rang des herbes les meilleures qui soient, on citera en premier le chiendent qui est la meilleure des herbes créées par la nature. Pourquoi ? Je ne vais pas vous faire l'injure de vous expliquer ce que, j'en suis sûr, vous savez peut-être encore mieux que moi. Je suis fier d'avoir un public si intelligent. Les bonnes habitudes, c'est par exemple de penser à se brosser les dents durant trois minutes après chaque repas. C'est très bon pour l'hygiène bucco-dentaire et si l'on peut préférer l'osso buco au bucco-dentaire, l'un ne va pas sans l'autre selon la faculté. Il fallait que ce soit dit et rappelé. Une autre bonne habitude est d'être bienveillant avec le reste de l'humanité et avec le monde animal dans son ensemble ainsi qu'avec les mondes végétal et minéral. Il est bon de réserver un peu de bienveillance pour la planète et d'amour au chiendent (et vous savez bien pourquoi, on l'a vu).
Mais je ne vais pas vous ennuyer plus longuement, je sais combien vous avez des activités de la plus haute importance à mener à bien en cette belle journée et c'est en vous remerciant de vous ranger à mes propos avec tant d'amabilité, de générosité et de clémence que je vous souhaite le meilleur.

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