Espérance de vie

Le pinceau que j'utilise en ce moment est en fin de vie. Les pinceaux n'aiment pas l'encre de chine. Pourtant, je l'entretiens bien, je le nettoie soigneusement. C'est d'ailleurs curieux, le pinceau semble perdre ses qualités presque d'un seul coup. Pour un dessin, il a bien sa souplesse et sa nervosité, on finit l'encrage, on nettoie le pinceau comme d'habitude, on le reprend un peu plus tard pour un nouveau dessin et là, plus rien. Les poils sont en vrac, tout mous, ne tenant plus la charge. C'est mystérieux.
J'utilise le même type de pinceaux depuis plus de quinze ans, du beau pinceau en poils de martre, du pinceau relativement cher, et c'est chaque fois la même chose. Une ou deux fois, j'ai tenté l'expérience du pinceau en poils synthétiques. Je ne m'y suis pas retrouvé du tout. Je ne m'y suis pas fait. Hier, j'ai fait un encrage et j'ai senti que le pinceau merdait. Ce matin, j'en ai fait un dernier avec ce pinceau. Ce n'est plus possible. Bon, j'en ai en réserve. Il n'y a pas péril en la demeure.
Ce qui est dommage, c'est que ce qui ne va plus sur ces pinceaux, c'est toujours les poils. Le manche, lui, n'a aucun problème. C'est pourquoi je ne jette pas mes vieux pinceaux. Je me dis que c'est dommage de mettre à la poubelle ces beaux manches en parfait état. Pourtant, je sais bien que je n'en ferai plus jamais rien. A la limite, je les utilise encore pour des boulots grossiers.

On a appris que l'on avait moins de risques de développer un cancer en mangeant de la nourriture "bio". Je suis d'accord pour penser que les produits "sains" sont moins nocifs que les produits transformés par l'industrie agro-alimentaire. Je suis d'avis que le pire est dans beaucoup de produits industriels massivement transformés, triturés, mélangés, cuits et riches en excipients, exhausteurs de goût, colorants, conservateurs, blanchisseurs et autres joyeusetés.
Or, je me refuse à manger ou boire avec l'idée que je suis en train de me soigner ou que je prends soin de ma santé. Je suis contre les "alicaments". Et il se trouve qu'il me semble avoir remarqué qu'une partie de celles et ceux qui privilégient les produits "bio" le font avec cette peur de la maladie ou du problème de santé. Ils ne consomment plus pour le goût, pour le plaisir, mais pour lutter contre le risque.
Moi, j'aime bien le gras et le sucre et ce qui a du goût. J'aime avoir plaisir à picoler ou bouffer. L'argument du "bio" ne me touche pas et en aucun cas n'est un argument recevable. Ce n'est pas une opposition viscérale. Je ne refuse pas de manger "bio" tant que je trouve ce que je cherche en matière de plaisir. Ce n'est seulement pas un argument suffisant pour me faire acheter un produit par rapport à un autre qui ne serait pas "bio". Je suis bien plus attaché à la qualité du produit.
Le marketing n'a pas mis longtemps à comprendre que les gens aiment cultiver leur peur et à saisir que le "bio" devenait un argument fort au moment de faire un choix. Alors, on a vu des étiquettes "bio" fleurir sur tout et n'importe quoi. On a vu aussi de savoureuses dérives. Parmi celles-ci, il y a ces beaux fruits "bio" bien emballés dans une barquette en matière plastique avec un beau film plastique. Ça m'amuse à chaque fois. En plus, le "bio" mérite d'être plus cher même si, dans le fond, il n'y a guère de raison. Certains produits demandent sans doute que l'on travaille plus si l'on choisit de les produire en "bio" plutôt qu'en usant de pesticides et autres joyeusetés mais pour d'autres, on se demande un peu. Un exemple ? Le miel. La production de miel "bio" consiste à placer les ruches à proximité de cultures ne faisant pas appel à des intrants chimiques non compatibles. Bon, déjà, faut croire au fait que les abeilles n'iront pas butiner tout et n'importe quoi mais admettons. En quoi cela revient-il plus cher pour l'apiculteur ? Ah oui, il devra aller plus loin ? Peut-être, peut-être…
Un autre biais, c'est de penser qu'il n'y aurait rien de chimique dans le "bio". La vie est très étroitement liée à la chimie. Nous sommes le résultat de chimies diverses, nous produisons, consommons et relâchons des produits chimiques. Tout ce qui est vivant a une part sombre de chimie en lui. C'est comme ça. On peut le regretter. Le bio ne signifie pas nécessairement "plus propre" ou "plus sain". On trouve du vin ou de la bière "bio". Pense-t-on sérieusement que ces produits évitent l'alcoolisme ou qu'ils ne nous tueront pas ?

Une saillie verbale ?

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