Les oiseaux y laissent des plumes

Est-ce dû aux pratiques agricoles, à l'utilisation d'intrants chimiques à outrance ? Les insecticides sont bien responsables de la raréfaction des insectes, c'est même leur fonction première. Or, il se trouve que les oiseaux ont un goût particulier pour les insectes. Surtout les oiseaux insectivores, du reste. Pour ceux-ci c'est l'heure de la famine. Ils ne trouvent plus assez de nourriture alors ils n'ont rien de mieux à faire que mourir ou moins se reproduire. Le résultat, c'est un tiers d'oiseaux de moins de volatiles dans nos campagnes. Des études dont une menée par le CNRS dans les Deux-Sèvres sur un territoire de 10 hectares montrent que le phénomène de raréfaction des populations aviaires s'accélère depuis deux ans. Faut-il s'en alarmer ?
D'un côté, l'homme a tendance à regarder la faune, la flore, la planète, selon l'utilité que toute chose peut avoir pour lui. Il s'inquiète de la disparition des abeilles parce qu'elles sont des agents pollinisateurs nécessaires à l'agriculture et, accessoirement, de bonnes productrices de miel. Il s'émeut de la chute de population chez les lombrics depuis qu'il a compris leur rôle fondamental dans le travail des terres arables en permettant l'aération et le drainage des sols cultivés. Il veut protéger certaines espèces végétales, certaines espèces animales, certaines ressources minérales parce qu'elles sont utiles à sa survie, son expansion. En quoi les oiseaux lui sont utiles ? Si on ne se pose pas la question pour les poules pondeuses, les canards mulards à gaver, les grives plaisantes à chasser et les autruches rigolotes à regarder, ils chassent sans vergogne le pigeon des villes, l'oiseau voleur de cerises ou de récoltes diverses.
On reconnaît aux oiseaux leur capacité à disséminer certaines graines ou encore leur aide dans la lutte contre la prolifération d'insectes "nuisibles" mais à part ça ? A quoi sert donc le moineau, le merle, la pie, la mésange ou le rouge-gorge ? On se le demande bien. Et puis, après tout, des espèces d'oiseaux ont déjà disparu sans que ça semble remettre en cause la survie du genre humain. D'autre part, on sait à présent que les oiseaux sont les derniers descendants des dinosaures. Peut-être ont-il fait leur temps, non ? Qui va aujourd'hui regretter la disparition de leurs lointains ancêtres ?
Alors, sans doute faudrait-il cesser de regarder tout ce qui nous entoure sous l'œil de l'utilité. La biodiversité est sans doute garante d'un équilibre subtil dont nous avons bien du mal à cerner toutes les implications. Si l'homme est passé maître dans l'art de faire disparaître ce qui ne l'arrange pas, de façonner son monde à son idée, rien ne dit qu'il a compris ce qu'il faisait réellement en agissant. Personnellement, ça me fait un peu chier de ne plus voir d'hirondelles, de verdiers, de faucons crécerelle.

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