La Vie devant soi

Il m'est arrivé de dire qu'un livre lu ne méritait pas d'être conservé. Je parle d'un roman. J'ai remarqué qu'il était assez rare que je relise un roman. J'ai déjà relu des biographies ou autobiographies, j'ai déjà rouvert un recueil de poésie, j'ai plusieurs fois consulté un dictionnaire, le Bescherelle ou l'annuaire téléphonique. Très souvent, je me suis replongé dans un album de BD. Mais relire un roman, pour ma part, ça ne m'est pas arrivé si souvent.
En partie parce qu'il est dans l'actualité cinématographique (La Promesse de l'aube - wikipedia) et en partie par une sorte de hasard peut-être dirigé, j'ai dévoré un bouquin que j'avais lu il y a peut-être une trentaine d'années. C'est un bouquin de Émile Ajar (Romain Gary) et il est titré "La Vie devant soi". Dans mon souvenir c'était un bouquin excellent.
Je cherchais quelque chose à lire. Pourquoi et comment ce livre est-il réapparu ? Je cherchais un livre parmi ceux qui étaient là sur l'étagère. Je n'ai pas hésité, ma main s'est lancée vers la tranche de celui de Ajar. Pourtant, ce n'est pas une tranche particulièrement affriolante. Je me saisis du livre et je me dis que, tiens, après tout, pourquoi pas ?
Si j'hésite un court instant, c'est juste parce qu'il me semble trop me souvenir de l'histoire. Ce n'est qu'une impression parce qu'en fait, si je me souvenais bien de la trame, je ne me souvenais ni du style ni de l'émotion. Je me suis allongé, j'ai ouvert le bouquin et j'ai commencé à le lire. Il m'a été difficile d'arrêter, de conserver quelques chapitres pour les soirs suivants. Si je n'ai pas retrouvé la surprise de la première lecture, j'ai pris un vrai plaisir à relire ce texte et, peut-être, ai-je eu encore plus d'émotion.
Je me souviens de qui m'a donné ce livre. C'était il y a bien plus de trente ans en fait. Le temps passe vite. Romain Gary s'était suicidé deux ou trois ans auparavant et je n'avais rien lu de Ajar hormis un court extrait de "Gros Câlin" dans un livre de Français au collège. On m'a donné ce livre en me conseillant très vivement de le lire. Je l'ai lu et l'ai trouvé très bon mais je me demande si je n'étais pas passé un peu à côté, à la réflexion. C'est un truc qui peut arriver ça. On vous presse de lire un livre, de voir un film, d'écouter un disque et il y a à la fois trop d'attente et un petit sentiment de devoir le faire pour faire plaisir, pour ne pas décevoir. Je pense qu'il faut être libre pour bien profiter de quelque chose. Par exemple, si on me donne un truc à manger ou à boire en me disant que c'est exceptionnel, je vais chercher à comparer, à juger. Ainsi, si ça se trouve, le jour où l'on me fera goûter une Romanée-Conti, je serai tellement impressionné par le prestige de l'appellation que je serai incapable de l'apprécier. Alors que si l'on me propose un verre de pinard et que celui-ci est, par exemple, un Petrus, il est possible que je le trouve excellent. Allez savoir.
Et donc, j'ai lu le livre avec un réel plaisir. J'ai ri et j'ai été ému mais surtout, j'ai été extrêmement désolé de le terminer. C'est un conseil de lecture !

Haut de page