Aujourd'hui, nous sommes tous de droite

Eh oui ! Il aura suffit qu'un écrivain de droite, académicien aux yeux bleus, meure d'une crise cardiaque à 92 ans pour que tous dégoulinent de bienveillance à l'égard du grand homme trop tôt enlevé à l'affection de ses proches et que nous nous sentions tous un peu de droite.
Jean d'Ormesson, je le connais de nom. Je n'ai jamais rien lu de lui. Je l'ai entendu faire le cabot à la radio, je l'ai croisé à la Foire du Livre de Brive dans les années 80 et c'est à peu près tout ce que j'ai à dire à son sujet.
De ce que j'ai pu percevoir du bonhomme, il devait être charmeur. On parle de ses yeux bleus pétillants et de son sourire en coin, de son humour et de sa fausse modestie. C'était certainement un homme qui aimait plaire. Il était de droite mais il ne lui déplaisait pas de plaire à certaines personnes de gauche. Il se disait gaulliste et prétendait partager quelques idées identifiées de gauche. Il se disait aussi très attiré par le siècle des Lumières et adorait Chateaubriand ou Proust. Il est entré à la Pléiade de son vivant — c'est un honneur — mais il faut reconnaître qu'il avait tout fait pour.
Faux modeste, il était un vrai orgueilleux très sensible aux marques de reconnaissance. Je suppose qu'il écrivait bien, je suppose qu'il avait une grande érudition, je suppose qu'il méritait l'Académie Française et la Pléiade, les succès de librairie aussi. Mais je n'ai rien lu de lui, pas plus les livres que les articles du Figaro et je ne pense pas que cette disparition m'incite à rattraper mon retard en la matière.
Il paraît qu'il ne faut pas dire de mal des morts. Enfin pas tout de suite. Pour le coup, hormis le fait que d'Ormesson était de droite, je ne vois rien à lui reprocher en particulier. Par contre, je ne suis pas certain qu'il faille trop forcer sur le panégyrique outrancier. J'ai pu entendre aujourd'hui combien M. d'Ormesson était resté beau et jeune dans sa vieillesse. Il ne faut peut-être pas trop exagérer non plus, on ne pouvait plus le prendre pour un perdreau de l'année et s'il le portait bien, il portait bien son âge. L'éloge est compréhensible, on est dans l'émotion, on a perdu quelqu'un qui est une figure de notre société, quelqu'un avec qui nous avons tous vieilli, que nous avons vu à la télévision, que l'on a entendu sur les ondes. Les éloges, l'émotion et la tristesse, oui, je comprends, mais il ne faut pas aller trop dans l'excès. Il avait son âge et c'est un âge "raisonnable" pour mourir. Enfin disons plutôt que c'est un âge auquel on doit un peu se douter que la mort va venir frapper à la porte d'ici peu.
Mais tout cela, c'est le problème de la presse. Elle a trouvé son os à ronger pour aujourd'hui, c'est la mort d'un homme. Cette mort fera vendre plus de papier que la mort de milliers de migrants même pas à l'Académie française.

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