Osons le dire !

Il ne faut pas se voiler la face et, sous couvert de l'obligation de vivre en société qui nous est faite, nous mentir. L'autre est un salopard fini.

Ce n'est pas que je sois particulièrement paranoïaque, mais force est de reconnaître que l'humanité dans son ensemble, dans son entier, est mon ennemi. L'humanité moins une personne : moi. L'humanité plus l'ensemble du règne animal. Règne animal qui, même lorsqu'il daigne de me faire plaisir, est une engeance sans nom. Prenons par exemple le dernier animal qui m'ait fait plaisir, un canard. Bon. Prenons ce canard. Il ne me connaissait pas et, pourtant, il m'a fait plaisir. C'est louche. Moi, même ceux que je connais, je ne veux pas leur faire plaisir. Alors pensez ceux que je ne connais pas ! Bref, ce canard m'a fait plaisir, un peu à son insu, par le truchement d'un de ses magrets que j'ai fait rissoler dans une poêle efficiente en vue d'accompagner quelques pommes de terre préparées à la méthode sarladaise (c'est très surfait) et un bon petit Côtes de Bergerac trop onéreux qu'il m'arrive d'aller chercher directement à la propriété, chez des paysans qui font du vin. Déjà, ces gens, bien qu'aimables, ils ne m'aiment pas. Ça se voit. Ils ne me l'offrent pas, leur pinard ! Déjà, rien qu'avec l'argent que ça coûte d'aller le chercher. Enfin bref. Il y a des gens qui n'ont aucune éducation, ça se sent.
Mais revenons à notre canard. Donc, ce canard, moi qui ne lui avais rien fait, moi à qui il ne pouvait reprocher quoi que ce soit, voilà qu'il se montre d'une ineffable traîtrise en aspergeant mon avant bras d'un peu de graisse chaude pendant que je le dorlotais dans la poêle efficiente dont je vous cause plus haut dans le texte que vous lisez là. C'est pas de la haine gratuite, ça ?
Si je n'aime pas les gens et me considère volontiers comme un bon misanthrope qui l'assume à la perfection, je n'ai pas, a priori, de ressentiment à l'égard des canards. Comprenez-moi bien, je ne vais pas m'abaisser à perdre mon temps à haïr des volatiles. Au quotidien, la haine du genre humain peut être considérée comme un travail à temps plein et il serait, à mon avis, justifié qu'il soit rétribuer à son juste prix. Sur les deniers publics, par exemple. Oui, je devrais être payé par la société pour le travail de haine et de mépris que, chaque jour, j'effectue, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige. Après tout, n'est-ce pas à cause de cette société que je dois fournir ce travail titanesque ? Il serait normal qu'en contrepartie de ce travail que j'estime effectuer dignement et du mieux que je le peux j'obtienne dédommagement. Il me semble, à moi.
Oui. Je vous parlais de ce canard que je ne connaissais pas. Alors voilà, de la graisse arrive sur mon avant-bras et ça me fait mal. Je vous jure. Tout de suite, premier réflexe, je passe mon bras sous le robinet d'eau froide jusqu'à ce que la douleur se calme. Et bien, ça a marché au delà de mes plus folles espérances ! Bientôt, je n'ai plus eu mal du tout et j'ai pu continuer à faire cuire le magret du canard en question, avec un brin de sadisme supplémentaire.
Quelques minutes plus tard, je passais à table. Les pommes de terre savoureuses, le magret cuit à la perfection avec sa peau légèrement grillée comme je l'aime, du bon pain et du bon vin ! Ah ! Quel bonheur ! De quoi vous réconcilier avec la vie et, soyons fou, avec l'humanité. Mais il faut rester vigilant et ne pas se laisser aller à de telles extrêmités.

Tout à l'heure, j'essaie de poster un nouveau dessin de la vache.

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