Un peu de misanthropie raisonnée

Il n'y a guère que les faux-cul notoires et les saints à oser prétendre aimer tout un chacun au risque de sombrer dans les abîmes abyssales du ridicule. Moi, je suis misanthrope et je le dis sans honte et sans gloire aucune. C'est comme ça.

Etre misanthrope, ce n'est pas bien vu. Si vous voulez être considéré par les gens, mieux vaut jouer le registre d'un abbé Pierre, d'une mère Térésa ou encore d'un Philippe Douste-Blazy que celui d'un misanthrope. C'est un choix. Faut voir.
A la limite, mieux vaut passer pour un cynique que pour un misanthrope. Le cynique, lui, on lui trouve toujours des monceaux de circonstances atténuantes. Il l'est par idéal philosophique ou au nom de l'humour mais toujours il sort auréolé d'une vague aura intellectuelle. On ne peut pas être foncièrement con et cynique. C'est ainsi. Dans le cas du misanthrope, au mieux on cherchera des excuses en invoquant une enfance difficile, des brimades insupportables pour lui qui n'a pas la force de faire front aux petits désagréments de la vie scolaire, professionnelle, amoureuse ou je ne sais quoi encore. Au mieux, on l'excusera, on le prendra presque en pitié et, même, on l'aimera de tout son amour pourvu que l'on soit un bon chrétien.
Ce qui est intéressant dans le cas du misanthrope, c'est qu'il se fout pas mal de ce que l'on pourra penser de lui. Enfin, normalement, hein ! Faut pas non plus trop le faire chier. Etre misanthrope, c'est un boulot à plein temps. Faut bien faire gaffe à ne pas se laisser aller à la compassion pour cette masse de personnes qui vous entoure sans cesse et tente à tout prix de lier la conversation ou d'avoir votre avis sur tel ou tel point particulièrement intéressant du débat politique entre les tenants d'un état fort et ceux qui proposent une vision plus idéaliste de la vie en collectivité. Normalement, le bon misanthrope, justement, se doit de se foutre totalement de la vie politique. Ça ne l'empêche certainement pas d'avoir ses idées et il peut tout aussi bien être de droite que de gauche, d'un extrême à l'autre. Même, il est possible qu'il vote Bayrou, allez savoir. Enfin pas moi, hein ! Misanthrope mais pas forcément con !

Le misanthrope ne se fait pas trop d'idées sur la beauté du genre humain. Il a décidé une fois pour toute que les actes de cruauté des nazis sont tout à fait humains, que l'humanité est capable du meilleur comme du pire... mais surtout du pire, sauf par accident. Le misanthrope ne croit pas des masses aux notions de bien et de mal. A mon avis, il ne doit pas beaucoup croire qu'il a une mission à remplir sur cette Terre et que l'humanité perdra beaucoup à sa disparition. Il ne croit sans doute pas beaucoup en Dieu et, en fait, s'en fout totalement.
Parce qu'il est souvent intéressant pour les gens qui ne le sont pas de se confronter au misanthrope, on a pris pour habitude de donner un sobriquet au misanthrope. On dit de lui que c'est un ours. Un bon gros ours bien grognon mais pas méchant du tout. C'est une connerie ! Le misanthrope n'est pas plus un ours qu'une autruche ou je ne sais quoi encore. On dit aussi que le misanthrope est un timide pétri de sensibilité exacerbée qui ne sait gérer le stress de la rencontre avec ses semblables. Bon. Quitte à entendre des bêtises pareilles, autant se tirer une balle dans la tête tout de suite. Et pourquoi ne pas aller jusqu'à prétendre que le misanthrope est un malade mental, aussi ? Hein ? Ce serait bien pratique, il serait malade et il faudrait chercher à le soigner.

En matière de misanthropie, je suppose qu'il y a plusieurs degrés. Il doit y avoir des extrémistes et des plus modérés. Personnellement, je pense faire partie des modérés. Je ne dédaigne pas passer quelque temps en compagnie de personnes que j'apprécie, il m'est arrivé (et il m'arrivera peut-être encore) de tomber amoureux. Pour autant, je me refuse à aimer le monde entier. Nous sommes plusieurs milliards d'êtres humains sur cette Terre, j'en connais quoi ? Quelques dizaines ? Quelques centaines ? Les autres, je m'en fous. Pire encore, je me fous complètement de la plupart de ceux que je connais de près ou de loin. Ce n'est pas politiquement correct de le dire, mais je me contrefous de savoir que des gens meurent ici ou là. Les gens meurent partout, tout le temps, à un rythme moindre qu'ils naissent, en plus. Il est bien triste de savoir que l'on peut mourir dans des guerres immondes ou à cause de tremblements de terre mais honnêtement je ne vois pas bien ce qu'il y a de moins pire de crever d'un cancer dans un service de soins palliatifs au sein d'un CHU. Faudra qu'on m'explique.

Un peu à la manière que l'on se fait traiter de raciste si l'on dit que l'on n'aime pas un noir (comprendre "un homme de couleur"), le misanthrope se fait parfois traiter de misogyne au motif qu'il peut ne pas aimer telle ou telle femme. Etre misanthrope, c'est ne pas faire de favoritisme en fonction d'un sexe ou d'un autre, d'une couleur de peau ou d'une autre, d'un niveau social ou d'un autre. Etre misanthrope, c'est au fond ne pas supporter la connerie humaine. Je sais bien que l'on est toujours le con de quelqu'un. Et alors ? Le misanthrope supporte tout à fait le fait que l'on puisse ne pas l'aimer. C'est bien la moindre des choses, tout de même.
Le misanthrope ne pense pas détenir la vérité absolue. Il a la sienne, de vérité, et ça lui suffit bien. Que les autres en aient d'autres, vérité, peu lui chaut. Au mieux, ces vérités ne lui plaisent pas et il peut donner libre cours à sa misanthropie, au pire, ces vérités lui plaisent et il doit admettre qu'il peut ne pas haïr tout le monde. Le parti pris du misanthrope est bien qu'il n'y a rien à prendre dans l'autre, sauf exception. C'est, je pense, au fond, un grand, très grand signe de tolérance.

Et maintenant, pour vous prouver que je ne vous hais pas tant que ça, un petit dessin !

misanthropie

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