La quête

Une sorte de petite histoire contée...

J'avais commencé par le nord parce qu'il fallait bien commencer par quelque part et que cela me semblait le plus logique. J'avais rassemblé quelques provisions, du papier pour écrire mes rapports, des cartes et une boussole pour me diriger et puis j'étais parti, sac au dos, droit devant. J'ai marché des jours et des semaines et puis des mois entiers, dormant dans des granges, chez l'habitant ou bien à la belle étoile. J'ai mangé ce que j'ai pu, comme j'ai pu. J'ai dû voler, parfois, pour subsister. J'ai connu la faim, le froid, la peur, des moments de doute et de désespoir. J'ai marché longtemps jusqu'au moment où je suis arrivé au point le plus au nord que j'ai pu, jusqu'au bord de l'océan. Et il n'était pas là. Lorsque je le pouvais, j'écrivais mes rapports que je confiais à des personnes dans l'espoir qu'ils parviennent à destination.

La route du nord m'était bloquée. Je ne voulais pas redescendre vers le sud, je ne pouvais pas aller à l'ouest, je suis parti vers l'est. J'ai parcouru des terres désolées durant une éternité. J'ai marché des jours entiers avant de prendre un cap sud-est. Bien des fois, j'ai cru mes derniers jours arriver. J'ai rencontré des hommes et des femmes, des peuples amicaux et d'autres qui ne l'étaient pas. J'ai marché et puis je suis parvenu de nouveau à la mer. Je ne pouvais plus avancer et il n'était pas là non plus. Plusieurs années déjà avaient passé. J'avais eu à franchir des montagnes et des déserts et je sentais que mon corps s'était usé. Des rapports que je pouvais envoyer, je ne savais ce qu'il advenait, mais cela faisait partie de la mission que l'on m'avait confié. J'ai sorti la boussole et j'ai décidé de me diriger vers le sud ouest.

Les mois et les saisons passaient au rythme de mes pas. J'ai traversé des étendues arides et torrides et plusieurs fois j'ai failli mourir de soif. J'ai croisé la route d'animaux féroces, j'ai eu à expliquer le sens de ma quête à des hommes à la peau noire. J'ai marché longtemps, plus que jamais aucun autre homme n'a marché. J'ai marché jusqu'à ce que je sente la vieillesse m'envahir et mes forces décliner. J'étais alors devenu un vieillard. Et puis une autre mer encore a arrêté mes pas. Il n'était pas là. J'ai posé la boussole sur le sable et j'ai pris la direction du nord-ouest.

Parfois, je me suis demandé si je n'étais pas déjà mort. Un mort qui marcherait encore. J'étais alors le plus vieux des vieux. Appuyé sur un bâton de pèlerin, ne vivant plus tout à fait, je marchais. Plus rien ne me faisait souffrir. Ni la faim ni la soif ne semblaient avoir de prise sur mon corps las. Je n'y voyais plus assez depuis des années pour écrire quelque ligne de rapport. Je comptais sur la transmission orale et m'appliquais encore parfois à confier des rapports parlés à des humains croisés au hasard de ma route. Totalement aveugle, j'ai compris que j'étais arrivé à une nouvelle mer lorsque j'ai pris conscience que je marchais dans l'eau. Il n'était pas là mais je commençais à m'en douter.

J'ai demandé ma route pour revenir chez moi. Aujourd'hui, je ne peux pas vous dire combien de temps j'ai marché. Je ne sais plus rien des jours et des nuits. Il est possible que ne prenais plus même le temps de dormir, de manger ou de boire. Je ne sais plus rien de tout cela mais je sais qu'un jour, je suis arrivé chez moi. J'ai demandé à ce que l'on me conduise auprès de l'Empereur. Personne ne se souvenait plus de moi ou de ma mission et je crois que c'est mon grand âge qui m'a permis d'avoir un entretien privé avec le nouvel empereur, l'arrière petit fils de celui qui m'avait confié la mission. A l'empereur, j'ai raconté les années de marche. J'ai dit que la mission avait été un échec, que partout où j'étais passé, il n'était pas là et que, aujourd'hui, j'étais vieux et fatigué et que je demandais la grâce que l'on m'enlève le poids de cette mission afin que, à presque deux cents ans, on me laisse mourir en paix. L'Empereur m'a écouté durant plusieurs jours lui raconter tout cela et puis il m'a demandé quelle avait été la mission que son ancêtre m'avait confié.

"Maître, noble seigneur, de cette époque lointaine ma mémoire a presque tout perdu et je dois avouer que je ne me souviens pas de tout. Je suis devenu vieux, je suis faible et vous devrez m'excuser. De tout cela, je ne me souviens que de l'ordre qu'il m'a été donné. Je m'en souviens avec précision. Chaque mot est gravé. Je me souviens qu'au terme d'un entretien, mon maître l'Empereur m'a intimé l'ordre d'aller voir là-bas s'il y était..."

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