Photographie

dimanche 14 octobre 2018

La charentaise foulée au pied

Les Charentaises ont attrapé le scorbut

jeudi 11 octobre 2018

Trouver chaussure à son pied

En 2008, l'ignoble Sarkozy a traversé la rue pour aller de la place Beauvau au Palais de l'Elysée. Pendant ce temps, à l'ouest de Périgueux, en Dordogne, une entreprise est en train de vivre ses derniers jours. Cette manufacture de chaussures date du 19e siècle. En 1939, elle entre dans le groupe Bata. Cette fabrique de chaussures s'appelle Marbot-Bata et elle va équiper l'armée, les pompiers, la police et quelques autres administrations durant plus d'un demi siècle. Alors que le gesticulant président affirme la nécessité de préserver l'industrie française, il va permettre la mort de Marbot-Bata pour des raisons économiques.
En ces premières années des années 2000, Marbot-Bata produit quelque chose comme 300000 paires de chaussures par an et donne du travail à une petite centaine d'ouvriers. Un nouvel appel d'offre de notre armée française va permettre au principal concurrent français de Marbot-Bata d'avancer un pion et de faire un coup bas. Cette entreprise délocalise depuis quelque temps une partie de sa production en Tunisie et cela lui permet, on l'aura compris, de répondre à l'appel d'offre en proposant des prix plus avantageux.
Chez Marbot-Bata, dans la vallée de l'Isle, on se prépare au dépôt de bilan[1]. Les politiques, le préfet de l'époque sont alertés mais ça n'y fera rien, le couperet tombe, l'entreprise fermera ses portes en 2010, laissant quelque 73 personnes sans emploi. Oh ! Bien sûr ! L'État est là pour s'occuper d'elles ! Il va y avoir des propositions de formation, de reformation, de déformation. Et puis, finalement, peu ont pu se reclasser, beaucoup ont découvert les joies immenses des discussions constructives avec un conseiller Pôle Emploi débordé.

Que je vous dise. Longtemps, j'ai été chaussé aux frais de l'armée française. J'avais une combine simple. Lorsque je rencontrais un appelé du contingent sympathique, je lui proposais de remplacer une vieille paire de "rangers" contre une neuve. Ça marchait bien, ça ne me coûtait pas beaucoup. Et puis, ça a été la fin de la conscription et mon plan tombait à l'eau.
Or, j'ai rencontré une personne qui travaillait en relation avec Marbot-Bata. Là, il n'était plus question d'être chaussé gratuitement mais, au moins, pouvais-je profiter d'un tarif préférentiel. C'est à cette époque que j'ai découvert qu'il existait deux gammes de brodequins de marche[2] au sein de l'armée française. Pour les appelés et sans doute quelques autres, de la croûte de cuir bien rude, pour les gradés, du cuir pleine fleur bien plus facile à assouplir.
Dans les années qui ont suivi, j'ai usé quelques paires de chaussures. Peu avant la fin de Marbot-Bata, alors que déjà des échos noirs se faisaient entendre, j'ai acheté une ultime paire de chaussures. Je les ai toujours, neuves, dans leur emballage.
Cette paire, je n'ai pas osé l'user. Je sais, c'est parfaitement stupide. J'ai cherché à faire ressemeler la paire précédente. Je n'ai pas trouvé de cordonnier très enthousiaste. Aussi, il faut dire que je l'avais usée en profondeur, cette paire de chaussures. Un jour, tout de même, il me faudra me remettre à chercher un moyen de faire placer une nouvelle semelle sur ces fidèles rangers.
A alors commencé une longue période de disette. J'ai dû me résoudre à me chausser avec n'importe quoi, allant jusqu'à porter des chaussures de sport[3]. Je n'y croyais plus, je n'avais plus la foi. J'avais chassé de mon esprit l'idée de reporter un jours ces chaussures fantastiques, confortables comme nulles autres, solides et élégantes mieux que les mocassins à gland. C'était la misère et la tristesse.
Et puis, voilà que je vois apparaître une annonce sur "leboncoin.fr". A deux pas[4], quelqu'un vend une paire de chaussures de chez Marbot ! Ah ! Ce n'est pas le modèle que j'affectionne, c'est un modèle plus évolué, avec un habillage en Gore-Tex©, le fleuron de la gamme ! Je n'ai pas remis la main sur le tarif de l'époque mais il me semble qu'il en coûtait quelque chose comme 200 euros. Celles-ci sont vendues 20 euros. Ça sent soit la bonne affaire soit la petite arnaque. J'entre en contact avec le vendeur, nous nous donnons rendez-vous. J'arrive avec mon billet de vingt euros en poche au domicile du vendeur. Celui-ci me présente les chaussures. Il me dit ne les avoir portées qu'une fois, ça ne lui convient pas. Pour le coup, hormis un cuir un peu râpé sur l'un des deux brodequins, ils semblent effectivement absolument neufs. Le cuir est encore bien rigide, il n'y a pas trace de plis. J'achète !

Il ne faut pas se mentir. Au départ, le port de ces chaussures est plutôt douloureux. Pour tout vous dire, j'ai eu l'idée idiote de les mettre pour une sortie à la Rochelle. J'ai eu très mal, j'ai eu les mollets en sang. J'ai serré les dents. Je suis resté quelques jours sans les porter, le temps que ça cicatrise. Et puis, je les ai remises pour quelques heures et pour quelques heures supplémentaires. A présent, ça commence à devenir vraiment confortable. Il va sans doute falloir encore quelque semaines de port régulier.

Notes

[1] Ce qui revient à dire que c'est le contribuable français qui paiera le coût de la délocalisation, en somme

[2] c'est le vrai nom

[3] la honte !

[4] ou plutôt quelques tours de roues

jeudi 20 septembre 2018

Quand on reparle des infirmières

Non, je n'ai pas oublié. C'est juste que je suis un peu lent, un peu dispersé. Souvenez-vous, c'était à propos des Pétaroux à la Noix, je vous avais parlé d'infirmière et j'avais promis de montrer des images.
Ce matin, je me demande si, finalement, il ne serait pas grand temps de vous les montrer, ces infirmières croisées lors de cette fête du cyclomoteur. Je vous avoue que j'aurais pu me poser une autre question et qu'il vous aurait alors fallu attendre encore pour les voir. Si cela se trouve, vous aviez déjà tout oublié, vous, de ces infirmières dont il avait été question ici. Alors, peut-être même allez-vous vous demander ce qu'elles viennent faire ici. Il ne fait pas bon vieillir.

La Cassagne en bonne santé
Bien soignés à la Cassagne


Et aussi, si vous le souhaitez, vous pouvez visualiser/télécharger l'image du port d'hier en haute définition (zip-5.8 Mo).

mercredi 19 septembre 2018

Souvenirs perdus

J'ai trouvé une petite boîte en carton. Dans cette boîte, quelques plaques photographiques en verre et des négatifs de film 127. Avec quel appareil ces photos sur film ont-elles été faites ? Je l'ignore. Qui a fait ces photos ? Je l'ignore également. J'ai tout de même une petite idée à ce dernier sujet. Si je vois juste, ces images ne sont plus les souvenirs de personne. De ce que je sais, il n'y a plus aucun descendant de cette famille.
C'est curieux de regarder ces images qui ont dû permettre de conserver le souvenir d'instants et de lieux qui évoquaient quelque chose chez certaines personnes et qui, aujourd'hui, ne veulent plus dire grand chose. Il y a une trentaine d'images imprimées sur la pellicule. Les plaques en verre ne sont malheureusement pas utilisables.
Ce ne sont pas des photos artistiques même si certaines sont bien cadrées et pas trop mal exposées. J'en ai numérisé deux. Sur la première, on peut penser que nous sommes dans la port de Saint-Brieuc. Pour supposer cela, je m'appuie sur l'immatriculation du bateau de pêche apparemment basé dans cette ville des Côtes d'Armor (Côtes du Nord à l'époque). Je pense que cette image a été prise dans les années 1930. Le film utilisé, le 127, date de ces années là. Cependant, il n'est pas impossible que l'image date des années 40. Je ne sais pas pourquoi mais les chaussures de la dame me font penser à ces années 40.

A Saint-Brieuc ?
La deuxième photo pourrait avoir été faite elle aussi en Bretagne. Où ? Le mystère est épais. La plaque de l'automobile semble nous indiquer une immatriculation parisienne pour l'année 1931. Mais quelle est la marque de cette automobile ? Encore un mystère. Peut-être voit-on ici la mère et la fille ? L'habillement de la plus jeune des deux personnes semble moins luxueux, toutefois. La plus âgée prend la pose pour le photographe, la plus jeune paraît s'apprêter à ouvrir la porte. Je voir un air un peu espiègle dans l'allure de cette personne. Elle ne semble pas vouloir se plier au jeu du photographe. Néanmoins, on note un sourire amusé.
Mais qui saura identifier l'automobile ?

Qui, quoi et où ?


Une recherche sur Internet me permet de découvrir l'existence d'un autre bateau, le Maria René basé, lui aussi, à Saint-Brieuc.

lundi 17 septembre 2018

Une chanson qui vous met en joie pour la journée

Ce matin, j'apportais quelques menues modifications à un dessin que l'on m'a commandé lorsque, au moment d'enregistrer le fichier, je tombe par le plus grand des hasards sur un dossier contenant des photos déjà un peu anciennes. Je finis d'exporter mon fichier au format demandé par mon client et m'intéresse à ces photos.
Des voitures, des motos, quelques paysages et des images faites pour m'essayer à la mise en scène d'objets en condition de studio. Parmi celles-ci, celle que je vous présente aujourd'hui. Je l'ouvre sur un logiciel de traitement de l'image et considère qu'elle n'est pas si mauvaise que ça. Même, je me dis que ça pourrait être amusant de l'utiliser pour une fausse publicité.
Et là, comme une évidence me vient un air, une chanson. Son titre va devenir la "punchline" de cette fausse pub. Cette chanson a le don de me mettre en joie et de m'inciter à revoir le film dont elle est extraite, "la Vie de Brian" qui est ce que les Monty Pythons ont fait de mieux. A mon avis.

Lunettes et bout de bois

dimanche 2 septembre 2018

Bâtir, ça donne soif

Combien faut-il de bouteilles pour construire son mur ? Les nouvelles méthodes de construction et les règles d'urbanisme associées aux engagements à lutter contre l'alcoolisme ne permettraient plus cette poésie murale. Nous sommes dans l'Oise, à Saint-Germain-la-Poterie. Vous ne connaissez peut-être pas et ça n'a aucune vraie importance. C'est un petit village de l'Oise avec ses maisons en briques comme on en fait dans ces régions de France où la brique était la norme. En Dordogne, on a préféré la pierre. C'est sans doute que l'on doit en trouver aisément. Si l'on a choisit la brique ailleurs, c'est que l'on doit y trouver de la terre adéquate. Du reste, pour appeler un village Saint-Germain-la-Poterie, c'est qu'il soit y avoir une raison, on ne s'amuserait pas à cela juste pour l'amusement des foules. En Dordogne, nous trouvons des Saint-Pierre-de-Chignac ou des Saint-Pierre-de-Côle. Ça indique, non ? Et la basilique Saint-Pierre est-elle un amas de briques ? Hein ? Je ne vous le fais pas dire.

Mur à boire


Hier, j'étais aux Vintage Days de Périgueux. J'ai ramené quelques photographies, quelques centaines. Ça promet du travail pour classer et traiter tout ça. Ça donnera aussi de la matière pour le blog. On en reparlera sans aucun doute.

samedi 1 septembre 2018

Élastique comme du latex - suite

Donc, il y avait une grue dans le parc du prieuré à Conflans-Sainte-Honorine et on pouvait l'apercevoir depuis la rue Carnot. Dans le parc, on pouvait s'approcher de cette grue et comprendre ce qu'elle faisait là. Au bout d'un solide câble d'acier, une cage est posée au sol. Quelques personnes s'affairent autour. Il semble que l'une de ces personnes est en train de se faire équiper de tout un attirail.
Toutes les personnes prennent place dans la cage et le grutier entre en action pour l'élever dans les airs à plus de cinquante mètres de hauteur. Vous l'aurez compris, il s'agit là de s'essayer au saut à l'élastique.
A l'origine de cette animation, il y a l'association Une idée en l'air dont le slogan nous éclaire sur ses buts : "Nous, quand on s'envoie en l'air, on n'oublie pas notre latex". L'idée est de récolter des fonds pour la lutte contre le SIDA et d'autres maladies. Et donc, cette association propose à des personnes saines de corps et d'esprit de monter à des dizaines de mètres pour se lancer dans le vide en ayant une confiance aveugle en un bout d'élastique. Vous le feriez, vous ? Moi pas !

La nacelle est en l'air
Les pieds au bord de la nacelle, la jeune femme semble hésiter à sauter le pas. Ira ? Ira pas ? En bas, c'est ce que tous se demandent. On ne la poussera pas, c'est à elle de se décider. A mon avis, il faut affronter sa peur et ça ne doit pas être si simple. On a beau vous avoir assuré que tout est sous contrôle, que le matériel est vérifié et revérifié, il doit exister une petite appréhension.

la tête en bas en l'air
Elle a sauté ! L'élastique semble étonnamment court au regard de la hauteur. Certes, il n'est pas question de faire un élastique qui irait au sol, ce ne serait pas très pertinent. De combien s'allonge-t-il, cet élastique ? De beaucoup !

Ça ne descendra pas plus bas
La chute est rapide, l'élastique se tend et remonte. Là, mieux vaut avoir le cœur bien attaché et, peut-être, avoir déjeuné légèrement. Pendue par les pieds, la jeune femme joue au yo-yo quelques secondes avant de penduler. A présent, il s'agit de se redresser pour arrêter de jouer au cochon pendu et de laisser le grutier vous redescendre au sol. Le public applaudit le courage.

On se redresse avant la descente

vendredi 31 août 2018

Élastique comme du latex

Ça se passe à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines (78). Depuis le bas de la rue Carnot, on voit la flèche d'une grue se dresser dans le parc du Prieuré au-dessus de la cime des arbres.
Il doit y avoir des travaux. Je continue ma route, emprunte la rue Crapotte et redescend vers les quais où j'arrête la voiture. Il fait beau, nous nous arrêtons à une terrasse pour boire une boisson rafraîchissante avant de monter vers la tour Montjoie. De là, direction l'église qui a été rénovée et le parc avec son château qui héberge le Musée de la Batellerie. Le panneau qui indique les heures d'ouverture du parc nous indique qu'il devrait être fermé. Pourtant, il y a foule. Je décide d'entrer. Les portes sont ouvertes, après tout.
Une fois dans les jardins, nous comprenons que la ville a mis en place des animations pour l'été. Une immense structure gonflable permet aux jeunes et aux adultes de s'essayer au saut dans le vide. Nous continuons la promenade et nous apercevons la flèche de la grue vue plus tôt. La curiosité me pousse à m'approcher pour voir quels sont les travaux entrepris là. C'est humain.

Camion grue

Trognes du Perche

Source de la SartheC'est dans le Perche, à Soligny-la-Trappe, à quelques pas de la source de la Sarthe. La Sarthe qui sort là va rapidement repartir sous terre pour ressortir à une résurgence sur la commune de Saint-Aquilin-de-Corbion. Saint-Aquilin-de-Corbion, village de 78 habitants, était l'une des destinations de la promenade qui m'aura occupé durant ces quelques jours d'absence.
Qu'allais-je faire dans le Perche, vous demanderez-vous peut-être. Y allais-je pour y photographier la source de la Sarthe ? Certainement pas. D'ailleurs, j'ignorais jusqu'à récemment que cette rivière prenait sa source ici. Peut-être vous raconterai-je un jour prochain le but exact de ce voyage mais ce n'est pas certain tout de même. D'un côté il est certain que cela ne vous concerne en rien mais, d'un autre côté, ça pourrait faire l'objet d'un billet qui vous intéresserait peut-être.
En quelque sorte, c'est une affaire d'histoire familiale. Ça va être un peu long à raconter. D'ailleurs, ça me fait penser que je voulais parler d'un truc. Je m'étais dit qu'il aurait été bien que j'en parle avant septembre. Je sens que je vais être à la bourre. Rien de bien grave sauf que, là aussi, ça risque d'être un peu long à raconter et qu'il me faudrait reconstruire mes souvenirs. Je me donne jusqu'à la fin de l'année pour vous raconter ça.
Donc, à quelque distance de la source de la Sarthe, il y avait des trognes. Ailleurs, on appelle ces arbres des têtards. Leur forme particulière est due à leur exploitation régulière. Plutôt que de couper l'arbre pour le débiter en bûches, on l'étête chaque année. Le résultat est ces arbres au tronc qui se termine par une boule d'où partent des branches. Dans le Perche, on parle de trognes. J'ai pensé que l'on pouvait faire une photographie dans ce paysage. Des photos, j'en ai ramené plus de 150. J'ai été raisonnable. Toutes ne sont pas à conserver. Certaines sont parfaitement ratées et d'autres plus ou moins intéressantes.
Demain, ce sont les Vintage Days à Périgueux. J'ai mis en charge la batterie de l'appareil photo et vidé la carte mémoire.

Trognes du Perche


Sinon, je n'ai pas lu tous les commentaires que vous avez laissés durant mon absence. Apparemment, vous avez été sages et fidèles à vous-mêmes. C'est bien, je suis fier de vous. A noter que fifi m'a fait parvenir sa participation au petit jeu de la 2cv dans l'espace. Merci à lui !

dimanche 19 août 2018

En attendant

Je reviens de La Cassagne. J'ai fait quelques photos des Pétaroux qui y étaient venus faire la fête. Je n'ai aucune envie de regarder tout ça tout de suite et je n'ai pas plus envie de raconter la journée. Alors, je suis allé chercher une image qui traînait là sur le disque dur.

samedi 4 août 2018

Ciel avec nuages

Nuit

dimanche 22 juillet 2018

Fin de fête

vendredi 13 juillet 2018

Carte postale de par là-bas

pavillon au bord de l'eau

samedi 7 juillet 2018

Ilford à l'épreuve du temps

J'étais descendu dans le garage pour y chasser le mammouth. Il n'y en avait pas, sans doute n'avait-il pas assez plu. Le mammouth ne sort de son terrier qu'après de violentes pluies, c'est bien connu des chasseurs de mammouth. D'ailleurs, cette condition vaut aussi pour le brontosaure[1] sauf que le brontosaure vivait en Amérique et qu'Azerat ne s'y trouve pas. Comme il n'y avait pas de mammouth dans le garage, j'ai posé l'arc et les flèches pour me consacrer à une autre activité.
J'étais en train de faire le compte des câbles pour imprimante à la norme parallèle[2] lorsque j'ai aperçu une charmante souris qui me regardait de ses petits yeux brillants tout en remuant les moustaches. Ça m'a étonné parce que je n'avais encore jamais vu de souris chez moi. Je me doutais bien que, sauf à penser que ma maison fût bâtie sur un ancien cimetière indien, bien sûr, il n'y avait pas de raison valable pour que les souris désertent les lieux. Lorsqu'elle fut lassée d'observer mes agissements, elle s'en alla à vive allure suivie de sa longue queue.
J'en avais assez de compter ces câbles dont je n'ai pas l'usage, dont je n'ai jamais eu l'utilité, que j'avais récupérés à l'occasion du déménagement d'un magasin informatique à Périgueux auquel j'avais participé. Ces câbles devaient partir à la déchetterie et j'avais jugé que cela était dommage. On me proposa de les prendre. Quelques jours plus tard, j'essayai de les donner en passant un site de petites annonces. Je n'eus pas le moindre retour, la plus petite demande. Je me retrouvai avec une cargaison de câbles pour imprimante et voilà comment, pour partie, j'ai un garage particulièrement encombré.
En bougeant un carton, j'aperçois un négatif traînant à même le sol. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Comment était-il arrivé là ? Je ne le sais pas. Il n'était pas beau à voir. Je le ramassai et, heureux de ma trouvaille, je remontai pour le nettoyer et l'observer plus en détail. Dans un premier temps, je ne comprenais pas ce que représentaient les images. J'apercevais des voitures de voyageurs, je reconnaissais la gare de Terrasson-Lavilledieu mais pour le reste, je ne voyais pas bien. Il a fallu que je procède à une numérisation pour qu'enfin je comprenne et me souvienne de ces images enregistrées sur la pellicule.
Déjà, je suis quasi certain que ces images ne sont pas de moi. Il me semble même savoir qui les a faites. Elles sont toutes faites dans la gare de Terrasson ou à ses abords proches. Il y a un casier avec des documents, un système que j'identifie comme un poste de contrôle des aiguillages ou, tout du moins, de surveillance de ceux-ci. Une image est particulièrement dégradée, comme bouffée par l'humidité. Pour être honnête, aucun cliché n'est bien intéressant. Certaines photos sont floues, d'autres mal exposées.
Ces photos datent des années 90. A l'époque, je fréquentais le club photo de Terrasson et il me souvient que nous avions eu l'idée de monter une exposition sur le thème du chemin de fer. Le président du club était un ancien de la SNCF. Pour cette exposition, je me souviens de deux photos faites au Leica M4 et au Summicron 50. L'une d'elles représentait un morceau de wagon à marchandise. L'autre était une borne kilométrique en fonte prise vers Cublac sur la ligne Brive-Périgueux. Je n'ai aucun souvenir des autres photos qui avaient été exposées. Ça date d'entre 20 et 25 ans.
Ce bout de négatif n'a aucun intérêt mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser que cette pellicule a passé une quinzaine d'années au fond de mon garage, qu'il a traîné par terre, qu'il s'est retrouvé sous un carton et qu'aujourd'hui je peux encore voir les images et, si besoin, les tirer sur papier. La trace a survécu. D'un autre côté, à la faveur de disques durs qui ont rendu l'âme, de CD et de DVD qui sont devenus illisibles, combien d'images numériques ai-je pu perdre ? Bien sûr, l'image imprimée sur la pellicule ne résisterait pas à un incendie ou à des mauvais traitements trop extrêmes mais tout de même. Comme une feuille de papier peut encore porter son message après un incendie, un fichier texte corrompu ne peut plus livrer grand chose[3].
La conservation des données numériques est un sacré problème auquel nous sommes tous plus ou moins confrontés. Il s'agit de la mémoire que nous pourrons transmettre aux générations futures. Pour limiter les pertes, on fait des copies et des copies de disques durs, on archive sur des bandes magnétiques, on compte sur la redondance en se disant que de tout ça il restera bien quelque chose. Et puis, on n'a jamais autant produit que de nos jours. La masse d'écrits, d'images, de sons est colossale et elle ne fait que grossir un peu plus tous les jours. Il y a tant de données nouvelles à s'ajouter à celles existantes que l'on ne peut sans doute même plus faire un tri entre ce qui mérite d'être conservé et le reste.
Bon. Une fois de plus, je n'amène pas de solution, je n'avance pas d'idée neuve. C'est juste l'histoire d'un type qui a trouvé un bout de négatif dans son garage, qui en a oublié ce qu'il y était venu faire et qui a perdu du temps à se poser des questions sur ces images exposées sur la pellicule. Il est incorrigible.

Zenit E et Ilford HP5 Plus

Notes

[1] n'écoutons pas ceux qui, par amour de la polémique stérile, prétendent que le brontosaure n'existe pas et qu'il convient de parler d'apatosaure.

[2] d'ailleurs si quelqu'un en cherche, j'en ai tout un stock

[3] sauf dans certains cas

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