jeudi 1 novembre 2018

Remonter à la source

Je vous ai trompé. J'ai choisi sciemment une histoire clivante, provocatrice, et je vous l'ai racontée. Vous avez plus ou moins mordu à l'hameçon et avez donné votre avis sur cette prétendue étude scientifique américaine, avez pesté contre l'art abstrait, défini ce qu'était et n'était pas l'intelligence, ce qu'était et n'était pas l'art. C'était juste ce que j'attendais et espérais. Je vous ai trompé.

Ce que je cherchais, c'était de voir si quelqu'un allait demander les sources, les preuves, l'origine de cette étude américaine. En vous proposant un sujet qui fera polémique, j'espérais bien que vous alliez réagir plus sur le propos que sur l'authenticité de l'information. Ça a fonctionné. C'est de la manipulation et je n'ai rien inventé. La manipulation est utilisée par plein de personnes, les politiques, les publicitaires, les journalistes… Dès lors que l'on veut conduire des personnes à penser d'une manière ou à agir d'une façon, on manipule. Le mensonge peut être plus ou moins important.
Au début de la Grande Guerre, on faisait croire aux soldats que les balles allemandes ne pouvaient rien contre la solidité du corps des Français.
« L'inefficacité des projectiles ennemis est l'objet de tous les commentaires. Les shrapnels éclatent mollement et tombent en pluie inoffensive. Quant aux balles allemandes, elles ne sont pas dangereuses : elles traversent les chairs de part en part sans faire aucune déchirure. » - L'Intransigeant, 17 août 1914

Et pourquoi me suis-je amusé à vous tromper ainsi ? Par pure méchanceté ? Oui, sans aucun doute mais aussi parce que j'ai envie de parler d'un truc depuis quelque temps, parler de la vérité, de l'esprit critique, de la zététique, de la traque à la désinformation, au mensonge, au "fake".
Il me semble que l'Homme a besoin de croire. Depuis qu'il est tout petit, il ne cesse d'expérimenter, d'essayer de comprendre le monde qui l'entoure, de déduire des trucs et des machins et d'imaginer les raisons de tout ça. Il n'a pas fallu attendre Newton pour que l'on ait l'intuition bien chevillée au corps que tout a tendance à tomber par terre si on le lâche ou le pousse. Seulement, avant Newton, ce n'est pas un savoir mais une croyance. Une croyance n'est pas nécessairement contraire à la vérité scientifique.
D'abord, la science a posé ses principes suite à l'observation. Ensuite, il y a eu l'expérimentation. Parfois, il y a eu l'intuition. On a longtemps eu l'intuition de l'atome avant de réussir à en voir un. On peut considérer que la science gagne ses lettres de noblesse à partir du dix-huitième siècle. De plus en plus, elle a réussi à expliquer, à prouver, notre monde, notre univers. La science a permis de soigner, de construire, de prévoir et on a fini par penser qu'elle était toute puissante. Aujourd'hui, certains pensent encore que rien n'est bien grave et que la science finira par trouver une solution à nos problèmes, aux problèmes à venir. Plus de pétrole à mettre dans nos voitures d'ici deux ou trois décennies ? Bah ! La science trouvera bien une parade !
Or, la science ne devrait pas être une croyance. L'un des principes de la science telle qu'elle est vue aujourd'hui, c'est qu'elle ne dit pas la vérité mais qu'elle propose une vision et qu'elle demande à ce que cette vision soit réfutée. La démarche scientifique est bien de chercher à casser les théories qu'elle propose.

La suite plus tard…


mercredi 31 octobre 2018

Dessin et intelligence

Une étude américaine de 2015 montre la relation entre intelligence et compréhension de l'art pictural. Les chercheurs ont observé que plus les facultés intellectuelles étaient développées et plus l'aptitude à comprendre ou apprécier une œuvre abstraite était grande. Ainsi, une personne d'intelligence basse ou moyenne saura reconnaître un portrait académique ou un paysage simple quand il faudra une intelligence plus développée pour décrypter un dessin de type bande dessinée, une intelligence supérieure pour du dessin de type "dessin de presse" ou un dessin en noir et blanc humoristique. Les créations abstraites ne seraient accessibles qu'aux plus brillants cerveaux.
L'étude démontre que l'ajout de couleurs à un dessin facilite son accessibilité au plus grand monde et, plus étonnant, que le choix d'utiliser ou non la couleur renseigne sur les facultés mentales à l'abstraction de l'artiste ou du créateur. Toutefois, et faute d'avoir accès à une étude montrant l'intelligence de ces artistes, les auteurs de l'étude restent prudents quant à la question de juger de l'intelligence des artistes figuratifs académiques d'avant l'émergence de l'art abstrait au vingtième siècle.
Selon les chercheurs, l'importance de la culture populaire et de la confrontation à cette culture dans l'apprentissage des codes des arts graphiques des "comics" et l'habituation à ce mode d'expression depuis le plus jeune âge depuis la fin des années 1920 aux États-Unis d'Amérique et en Europe occidentale est à prendre en compte et doit servir à pondérer les résultats de l'étude. Néanmoins, une corrélation claire peut être faite entre intelligence et l'appétence pour l'expression picturale proche de l'abstraction.
L'analyse des résultats des tests réalisés sur une cohorte de plusieurs milliers de personnes des deux sexes de cinq ans et plus entre 2010 et 2014 tend à prouver un accord entre l'artiste et son public. Plus la peinture ou le dessin est proche de la réalité perçue et moins le niveau d'intelligence est élevé. Plus ce niveau d'intelligence est bas et plus la demande de ressemblance est grande. Là où les esprits brillants sauront apprécier une vision fantaisiste de la réalité voire, pour les mieux dotés, une absence totale de référentiel avec cette réalité, les autres réclameront de la précision, de l'accord avec le monde réel.

La suite plus tard…


Et sinon, pour faire peur à l'occasion de l'Halloween, un cyclope unijambiste.

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