vendredi 6 décembre 2019

Du patrimoine faisons table rase

Pas plus que les centres-villes historiques, les bourgs ancestraux ne sont compatibles avec les exigences et besoins multiples de notre 21e siècle si moderne, si enthousiasmant, si émoustillant. Cette réflexion un peu iconoclaste à même de mettre en berne le moral d'un Stéphane du nom est née d'un constat froid et formel éloigné de toute sensiblerie excessive et de passion ridicule. Je ne vais pas ici énoncer l'ensemble des difficultés engendrées par ces ruelles tarabiscotées, ces venelles tordues, ces bâtiments enchevêtrés[1]. Les transports en commun ne peuvent pas évoluer dans ces artères trop étroites, les véhicules de secours aux biens ou aux personnes ne peuvent pas se frayer un chemin, les services de livraison ne peuvent pas pénétrer, les habitants ne peuvent pas stationner leur véhicule à proximité de leur logement. De plus, rien ne semble organisé pour que l'on trouve aisément une adresse et cela est un réel embarras et un perte de temps certaine pour nombre de gens.
On ne sait pas à quoi pensaient les bâtisseurs des temps anciens, on reste étonné de leur manque patent de discernement et d'organisation sommaire. Bien sûr, nous le savons, l'Homme du passé était bien moins doté en intelligence que nous. L'Homme d'autrefois était couramment frustre et peu enclin à l'usage d'outils modernes tels ceux que nous avons inventés pour notre plus grand bonheur. Nous ne les blâmons pas, ils sont fait comme ils ont pu avec les moyens du bord. Heureusement, nous avons évolué de belle manière et c'est à nous, aujourd'hui, de gérer ce passé obsolète hérité de ces ancêtres archaïques au cerveau trop limité pour imaginer un présent égal au nôtre.
Peut-être, ça peut être discuté, faut-il respecter ces gens des temps obscurs et obsolescents. Il existe des passéistes pour qui hier est mieux que demain et qui n'entendent rien au concept de progrès. D'un œil torve au blanc jaune de trop de mauvais alcools, ils n'envisagent l'outil informatique que d'un regard soupçonneux et hostile plutôt que d'y reconnaître les opportunités manifestes offertes par la technique. Se déclarant résistants, ils bichonnent et collectionnent des objets anciens, parfois même des compagnes ou compagnons du même âge, préfèrent une technologie anachronique à une petite merveille contemporaine, traînent des pieds, rechignent, geignent et, finalement, réussissent à enquiquiner tout le monde en freinant un peu la marche vers une modernité qui piaffe d'impatience.
Un pouvoir politique réellement engagé dans l'explosion d'un monde toujours plus moderne et efficace n'hésiterait pas à prendre des mesures d'importance visant à réprimer toute vaine tentative de ralentir cette course en avant. Ce n'est pas que je sois pour un état totalitaire et trop répressif mais tout de même, convenez-en avec moi, il y a un temps pour rigoler et un temps pour avancer. Les minutes de rigolades qui ont été généreusement imparties aux empêcheurs de marcher en avant sont désormais écoulées. Il est grand temps de mettre en action un programme ambitieux qui fera entrer le pays, le continent, le monde entier, dans l'ère contemporaine. Les opposants auront eu le temps nécessaire aux revendications, il faut, à présent, agir et vite.

D'abord, nous raserons les quartiers anciens, les maisons d'habitations énergivores et peu pratiques, les vieilles pierres, les façades d'un autre âge. Sur ces lieux nus et propres, nous reconstruirons d'une manière scientifique, calculée, efficace, rationnelle en tenant compte des impératifs du réchauffement climatique et des besoins des futurs habitants. Le territoire sera divisé en secteurs d'activité et de production en tenant compte non seulement des besoins mais aussi des configurations imposées par la "nature". Les ports seront plutôt à proximité des côtes maritimes, les espaces de production agricole là où il y aura de la bonne terre et de l'eau en quantité suffisante, les inactifs, chômeurs, retraités, malades et handicapés là où ils ne dérangeront personne, l'industrie en Chine, etc.
Les élites ne seront pas oubliées et elles seront réunies en un territoire idéal pour maintenir leurs capacités cognitives au meilleur niveau. Il faudra qu'il ne fasse ni trop froid ni trop chaud, il faudra que le paysage soit suffisamment inspirant et reposant, calme et tranquille, harmonieux et agréable. Des axes de communication permettront à ces élites de recevoir ce qui leur sera nécessaire pour vivre dans le confort qu'ils méritent. Les travailleurs seront maintenus à une distance respectable afin que le bruit de leurs activités diverses ne viennent pas les distraire dans leurs travaux intellectuels.
Lorsque l'ensemble des vieilles cités, des villages cacochymes, sera rasé, les gravats[2] serviront à combler les vallons afin de constituer au mieux de grandes étendues plates en vue de permettre le tracé de routes droites et de supprimer les côtes conduisant à de regrettables hausses de consommation de carburant. Ainsi, dans la même idée, certaines collines seront arasées. Cette nouvelle géographie du pays conduira à plus d'égalité pour tous en matière de pression atmosphérique. Ce dernier point indique au passage combien les dirigeants du pays sont à l'écoute des attentes du peuple. Cette demande d'égalité a souvent été entendue lors des consultations citoyennes menées dans les régions. Dont acte.
Bien entendu, afin d'atteindre les objectifs suggérés par les experts et de réduire l'empreinte carbone d'une façon marquante et conséquente, la population devra être réduite de 72,3%. Il y aura des larmes, des lamentations et des jérémiades mais nous nous engageons à faire vite et bien dans le respect du droit à mourir dans la dignité. D'ores et déjà, nous souhaitons ici nous associer au chagrin des familles et nous instaurons une journée nationale de mémoire pour les glorieux disparus.


Sinon, vous l'aurez compris, je suis de retour. Tout à l'heure, j'ai remarqué que l'huile d'arachide commençait à figer dans sa bouteille, dans la cuisine. Alors, au risque de passer pour une mauviette mais en me disant qu'il n'y aurait personne pour saluer ma détermination à l'heure de mon trépas frigorifié, avec un peu de honte et beaucoup de remords je me suis enfin décidé à allumer le chauffage. A titre indicatif, le thermomètre annonçait six petits degrés. Cela m'a permis d'apprendre que l'huile d'arachide commence à figer vers cette température. Je ne sais pas bien à quoi ça peut servir de le savoir mais c'est toujours ça de pris.

Notes

[1] Correction du Prof Turbled. Merci à lui.

[2] Initialement mal orthographié mais bien corrigé par la grâce de Tournesol. Qu'il soit béni

lundi 2 décembre 2019

La curiosité l'aura emporté

Aujourd'hui, j'étais chez le marcheur, je l'ai aidé à faire son site. Je lui ai tout de même dit que je répugnais à faire le travail pour 250 euros. Il a transigé à 300 euros. C'est encore bien peu pour un boulot que j'estime nécessiter bien plus de 20 heures mais ce n'est pas tous les jours que l'on à l'occasion de se fendre la gueule. Toute la journée, gentiment, calmement, j'ai dénigré Macron et son équipe de malfaisants en affirmant qu'il fallait tout de même être bien sot pour le suivre encore.
Comme je le disais l'autre jour, je ne le déteste pas, ce type. Il a des vrais côtés sympathiques, j'ai passé une bonne journée en sa compagnie à l'entendre raconter les cancans de la politique périgordine, les magouilles qui se mettent en place, les candidats qui se tirent une balle dans le pied ou qui cherchent une autre niche pour les accueillir tellement ils se sentent mal partis. Entre les anciens qui tiennent à leur poste, à leur statut, à leur prestige et à leur petits avantages et les nouveaux qui ont les dents qui rayent les parquets et qui poussent les vieux sans vergogne, il y a de quoi revenir avec plein d'histoires dans la tête.
Ce type, ce client, est depuis très longtemps un intime des politiques qui comptent dans le département. Il les connaît tous, il sait leur prêter une oreille attentive, il a vu tous les parcours, toutes les bassesses, toutes les compromissions, toutes les errances et erreurs de parcours. En écoutant cet état des lieux, il n'est pas certain que l'on puisse trouver un élu qui surclasse un autre en matière de bêtise et de prétention. Un beau ramassis de crétins.
Pendant que je travaillais à construire ce site, nous parlions. Nous avons parlé de lui, aussi, de ses ambitions, de ses attentes. Il m'assure que c'est un pari qu'il se fait à lui-même, celui de passer du rôle d'observateur à celui d'observé. Je l'ai questionné sur ses idées. Elles sont minces et convenues. Creuses et attendues. Mettre des fleurs dans la commune, aider les vieux et les handicapés et les jeunes. Tisser du lien entre les concitoyens. Avec son équipe, ils se sont engagés à trouver 60 idées à proposer aux électeurs. Ils peinent à trouver les 50 dernières. Ils y parviendront, je ne me fais pas de souci.
Enfin l'important, c'est que demain, il y aura feuilleton !

samedi 30 novembre 2019

Cas de conscience

C'est un type que je connais un peu. Il est un peu écrivain, un peu historien, il aime la politique, est passionné par la Résistance, se dit plutôt de gauche, croit en l'homéopathie, en la sophrologie, en plein de thérapies douteuses, il aime les vidéos porno et il s'est mis en tête de se présenter en tête de liste aux municipales de sa commune de Dordogne. Il n'a pas d'investiture officielle mais sa liste se réclamera de LREM. Son programme est basé sur la culture, la sauvegarde du patrimoine et le "sociétal". C'est un programme bien creux.
Il me téléphone et me demande de lui faire un site Internet pour présenter sa liste et son programme. Il me demande combien ça coûterait. Le site me semble assez simple, je propose de le faire pour 400 euros. Quelques jours passent. Il me rappelle et me dit que ce serait mieux que je lui fasse ce site pour 250 euros. Je lui dis que ce n'est pas grand chose et il m'avance que s'il est élu, j'aurai sans doute à faire un site pour la commune. Bon. Je ne lui dis ni oui ni non.
Et moi, dans le fond, je n'ai pas du tout envie de faire un site Internet pour une personne qui se reconnaît en Macron et ses sbires. Je le lui ai dit, je lui ai expliqué que j'avais une réelle détestation de tous ces gens et que je n'avais pas beaucoup de sympathie pour celles et ceux qui sont proches de LREM. Il en a rit riz. Et moi, voilà. Je n'ai pas envie de travailler même très indirectement pour Macron. Vraiment pas. Ce n'est pas en accord avec mes idées. J'ai le sentiment que je nourrirais de la honte à m'associer à ce type sur ce projet électoral. Et je pense que je vais être beaucoup plus clair et plus franc avec lui la prochaine fois qu'il me relancera, que je lui expliquerai que non, je ne peux pas faire de site Internet pour lui dans ces conditions.
Ce type, je le connais un peu. Ce n'est pas un mauvais bougre, il est un peu largué, il a des idées confuses et des pensées aléatoires. Il est un peu dépressif, il se soigne, il a des soucis de santé. Il est sympathique par certains aspects, presque touchant. Je ne le déteste pas, je n'y arrive pas. Ce serait plus simple. C'est juste que je ne peux pas le suivre sur ce chemin. Il trouvera quelqu'un d'autre, il pourra faire un site gratuit en utilisant les services de l'une ou l'autre des multiples sociétés qui proposent ça. Mais ce sera sans moi.

jeudi 28 novembre 2019

Ça ne va pas vers du mieux

mercredi 27 novembre 2019

Pas moins qu'hier mais pas beaucoup plus

mardi 26 novembre 2019

Un peu comme demain

dimanche 17 novembre 2019

En vérité, j'étais absent

Je n'étais pas là et puis je suis de nouveau ici. D'abord, c'est bien, je tiens à vous féliciter, vous avez produit une belle quantité de conneries commentaires pendant mon absence. Vous ne m'avez pas déçu. Bravo. Par contre, je n'ai rien à vous donner pour aujourd'hui. Il y avait bien une petite perle journalistique, trouvée sur le site du journal Sud-Ouest, mais on va faire comme si elle avait été involontaire. Bonne soirée.

samedi 16 novembre 2019

Vertige

Je n'avais pas conscience de ça. A dire vrai, je n'y avais jamais pensé. Je savais que nous tournons autour de notre soleil et que celui-ci se promène dans notre galaxie, je l'avais appris, on me l'avait expliqué, mais je ne me faisais pas d'image de cela. Dans mon esprit, tout tournait donc et puis, bon, hein…
Il a fallu qu'une scientifique de la NASA, Jessie Christiansen, produise une courte vidéo pour que je sois pris de vertige. Cette vidéo nous explique pour commencer que notre soleil effectue sa rotation autour de la voie lactée en 250 millions d'années. Il y a 250 millions d'années, nous pouvons donc imaginer que nous étions au même endroit au sein de la galaxie. C'était le Trias, les poissons et les insectes étaient là et les dinosaures allaient commencer à pointer le bout de leur nez d'ici quelques millions d'années. Au moment où notre soleil était à l'opposé dans la voie lactée, l'extinction du Trias-Jurassique avait eu lieu et nous étions donc en plein Jurassique… Vous, je ne sais pas mais moi, ça me donne une sensation de vertige.
La place que notre planète occupe dans cette petite parcelle de l'Univers octroyée à notre galaxie aujourd'hui, nous n'y avons jamais été depuis ces 250 millions d'années. Si l'on admet que notre planète est âgée de 4,5 milliards d'années, cela veut dire que nous ne sommes passés là où nous sommes que dix-huit fois. Vertige, je vous dis !

dimanche 27 octobre 2019

L'Homme et la nature, la grande incompréhension

jeudi 8 août 2019

Le maître de l'Univers a une sale gueule

mercredi 31 juillet 2019

Le froid de retour

On a beaucoup critiqué le gouvernement pour la canicule. Cette équipe gouvernementale, véritable ramassis d'incapables malfaisants, n'a rien pu faire contre la hausse insupportable des températures mais, comme si cela ne suffisait pas à faire monter la colère en moi, elle a mis en œuvre sa capacité de nuisance en faisant tomber en panne ce réfrigérateur qui m'accompagnait depuis de nombreuses années, au bas mot un quart de siècle. Je m'y étais attaché, c'est compréhensible.
Après bien des tergiversations dont j'ai le secret et encore plus d'hésitations, j'ai fini par trouver et commander un nouvel appareil. Nous étions alors le 15 juillet et on me promettait que la livraison serait effective sous huitaine au pire. Il m'a fallu attendre ce 31 juillet pour qu'enfin l'on finisse par trouver la route qui mène à Azerat. Je note que ceci m'a fait faire de substantielles économies d'énergie et d'électricité. Ma prochaine facture devrait s'en ressentir. D'un autre côté, ça m'a aussi fait perdre des aliments qui ont profité de l'aubaine pour pourrir, moisir, dépérir. L'un dans l'autre, les économies n'auront sans doute pas été à la hauteur des espérances légitimes.
J'ai un réfrigérateur neuf et c'est la première fois que cela m'arrive. Je l'ai choisi d'abord pour son prix, ensuite pour sa disponibilité. Je l'ai choisi aussi avec une partie congélateur et, si je ne sais pas encore ce que je vais en faire, je me promets de l'utiliser dès que l'occasion se présentera. Après tout, il pourra m'être utile pour conserver des plats préparés en grande quantité ou pour rafraîchir comme il convient une bouteille de vodka ou d'aquavit.

Pour exprimer ma joie, je vous ai préparé une petite image que l'on peut qualifier d'informatico-numérique. Je ne sais pas si vous y serez sensible et si vous vous extasierez autant que moi je l'ai fait.

lundi 29 juillet 2019

Ça ne tient qu'à vous

samedi 15 juin 2019

Chaussettes

Ce blog ne parle pas suffisamment des chaussettes. D'une manière générale, d'ailleurs, il me semble que l'on ne parle pas assez des chaussettes. Pas plus dans les media qu'à l'Assemblée nationale ou à la tête de l'État. On peut le regretter. A-t-on entendu les ténors de la politique nous entretenir de la chaussette ? Pas dans mon souvenir. La question de la chaussette sera-t-elle au programme du baccalauréat 2019 ? J'en doute. Voit-on des manifestations populaires défiler pour l'avenir de la chaussette ? Pas à ma connaissance. Et pourtant, la chaussette, hein ? Tout de même ! D'accord, je vous le concède, la chaussette ne concerne pas toute la population. Il en est pour la snober, il s'en trouve aussi pour n'en avoir pas l'utilité. Ne prenons que le cas du cul-de-jatte. Il ne se sent pas concerné, nous le comprenons. Nous ne sommes pas si idiot que nous lui enjoindrions d'en faire emplette. Qu'en ferait-il ? Non, nous ne sommes pas idiot et nous comprenons la vie.
Par coquetterie, la femme répugne souvent à porter la chaussette. Il faut bien admettre qu'elle s'associe mal au port de l'escarpin. A contrario, le gendarme est fidèle à la chaussette mais il convient de minimiser ce mérite, le gendarme porte rarement l'escarpin. Du reste, on peut le regretter, ce serait rigolo. Et il est à noter que l'on dit souvent que le touriste allemand n'hésite jamais à porter la chaussette avec la sandale. Il paraît que le président Chirac aurait adopté la pratique. Il a été critiqué pour cela en son temps. Jean-Baptiste Étienne Auguste Charcot, lui, était un inconditionnel de la chaussette qu'il portait haut et fier sur le "Pourquoi-Pas ?". Si l'histoire ne nous dit rien des rapports entre la chaussette et le Général de Gaulle, on sait que Napoléon Bonaparte veillait à avoir une paire de chaussettes propres à chaque matin de la Retraite de Russie. Dans "les Beaux gosses" de Riad Sattouf, on peut remarquer un bel éloge de la chaussette en même temps qu'apprendre que l'on peut en avoir une utilisation insoupçonnée.
Moi, je m'étais dit qu'il me faudrait acheter de nouvelles chaussettes. J'avais remarqué que nombre de celles en ma possession était trouées. Je me morigénais de n'avoir pas su réduire la longueur de l'ongle de mes gros orteils à temps. Le mal était fait, j'étais à la tête d'une collection de chaussettes trouées. La chaussette trouée n'est pas agréable à porter. Le gros orteil a une tendance naturelle à passer à travers le trou et il arrive que le tissu finisse par exercer une pression sur l'extrémité et à la blesser. Cela peut même être douloureux à la longue. Pour l'anecdote, je me souviens d'une promenade dans une grande ville française qui s'est terminée par une claudication inconfortable et une belle ampoule. Il est presque certain que celles et ceux qui m'ont croisé à cette époque ont dû penser que j'avais beaucoup perdu de ma superbe. De peur de recroiser ces gens, je ne suis jamais retourné dans cette ville. La honte ressentie ce jour me met aujourd'hui encore très mal à l'aise.
Et alors, j'avais rangé dans un coin de ma tête l'idée d'acheter de nouvelles chaussettes si, par hasard, un jour mes pas m'amenaient en un commerce en vendant. Cela est arrivé relativement récemment. J'étais parti pour allé visiter des personnes qui me sont amicales et un incroyable imbroglio dont je préfère sourire a fait que j'ai cru qu'elles n'étaient pas chez elles. Rebroussant chemin, j'ai l'idée, puisque j'avais désormais du temps devant moi, d'aller faire quelques courses dans un grand centre commercial de l'agglomération périgourdine. De fait, il convenait que je fasse emplette de provisions à même de m'assurer quelques repas. Je savais qu'il me fallait du café. Je sais toujours qu'il me faut du café. Pour le reste, j'allais faire confiance à mon intuition du moment. Sans plus y penser, dans une allée centrale large comme un boulevard, j'avise un bac plein de chaussettes. Ces chaussettes étaient proposées par lot de douze paires. D'abord, je me suis dit que cela faisait beaucoup pour un seul homme. Douze paires lorsque l'on n'a que deux pieds ! Je vous demande un peu. Quel peut être le cœur de cible ? J'étais circonspect, je me demandais qui allait pouvoir acquérir autant de paires de chaussettes d'un coup quand j'ai été attiré par une affichette annonçant le prix demandé pour un lot de ces chaussettes. 4,58 €. Je sors mon téléphone portable pour utiliser la calculatrice que l'on y trouve. 19 centimes d'euro la chaussette ! 38 centimes la paire ! Je cherche l'arnaque. Cela aurait pu être des chaussettes neuves déjà trouées. Non. Cela aurait pu être des paires dépareillées. Des pointures aléatoires. Pas plus. Des chaussettes sans fond ou, au contraire, fermées des deux bouts ? Non plus. L'offre me semble tellement alléchante que je veux y flairer une entourloupe. Je déchiffre l'étiquette, lis la composition (du coton, un tiers de polyester, un peu de viscose, un poil d'élasthane). Rien de choquant. Ah ! Ils s'y connaissent pour rouler le chaland dans la farine ! Une dernière piste, le pays d'origine. A tous les coups, c'est de la chaussette chinoise tricotée par des lépreux prisonniers d'un centre de détention pour opposants politiques ou par des enfants borgnes dans un orphelinat inepte. Mais non, ce sont des chaussettes portugaises. De l'honnête chaussette européenne. J'en reste comme deux ronds de flan. 39 centimes la paire de chaussette européenne ! Comment cela est-il possible ? Comment l'industrie chaussettière portugaise peut-elle réussir ce tour de force qui consiste à acheter autant de matières premières, autant de machines, autant d'énergie, payer autant de salaires pour que moi, modeste Français de Dordogne, puisse se payer à si bas coût un peu de confort ? Il y a quelque chose que je ne comprends plus dans ce monde, vraiment.
Autrefois était l'œuf. La chaussette avait une valeur réelle. Je n'irai pas jusqu'à prétendre qu'elle coûtait les yeux de la tête mais la chaussette était de ces choses que l'on réparait. Il y avait l'œuf, en bois ou en ivoire, que l'on introduisait dans la chaussette au niveau du trou et qui permettait le reprisage. Le reprisage d'une chaussette nécessitait quoi ? Un bon quart d'heure peut être ? Combien pour un quart d'heure de travail ? Même au SMIC ? Sachant qu'une chaussette neuve vaut 19 centimes d'euros, une chaussette réparée, d'occasion, ne peut guère valoir plus du quart de cette valeur. Cinq ou six centimes, disons. On ne peut pas payer le travail de reprisage dignement, à ce compte. C'est probablement pourquoi plus personne ne reprise les chaussettes trouées. Un règlement, à l'échelle européenne, imposerait-il la valeur de la chaussette à 30 euros (60 euros la paire) que nous verrions la profession de repriseur de chaussette revenir et la courbe du chômage baisser significativement.
Afin de ne pas trahir la confiance que vous avez en moi, je me dois cependant de vous avouer que je n'ai pas encore osé faire usage de ces chaussettes portugaises. Je n'aime pas abîmer les objets neufs d'une part et, d'autre part, je me dis aussi que si jamais, à la tête de l'État ou du parlement européen, on se penche sur ce blog et que l'on reprend mon idée d'un prix minimum pour la chaussette, je pourrai faire une belle culbute.

lundi 20 mai 2019

A la rencontre d'auteurs et d'autrices de grand talent et d'ouvrages de haute qualité avec de brillantes illustrations

salon livre illustré Thenon 2019

- page 1 de 16

Haut de page