A lire

dimanche 15 janvier 2017

Marcel Proust (1871-1922)

Marcel Proust naît le 10 juillet 1871 à Auteuil. Son père est un professeur de médecine réputé (ses travaux ont permis de vaincre le choléra), sa mère est la fille d'un agent de change. Deux ans plus tard naîtra Robert, qui sera un gynécologue éminent. Marcel a une enfance heureuse, même si, très tôt, il se montre d'une sensibilité maladive. Il a 9 ans quand, lors d'une promenade familiale au Bois de Boulogne, il est pris d'une crise de suffocation telle que son père croit qu'il va mourir : la première manifestation de l'asthme dont il souffrira toute sa vie. Bavard, charmeur, il serait un excellent élève du lycée Condorcet s'il n'était nul en mathématiques. En français, ce passionné de George Sand et de Musset déconcerte ses professeurs par ses audaces de style. Les critiques de ses pédagogues sur la longueur de ses phrases — parfois des centaines de mots — qui sur sa prose enchevêtrée le mortifient.

J'ai sorti le premier tome de "À la recherche du temps perdu", Du côté de chez Swann, d'un carton oublié au fond du garage sous d'autres cartons, une pile de revues et une vieille couverture. C'est un livre important pour la littérature française et son histoire. Par trois fois, j'ai tenté d'entreprendre sa lecture et d'atteindre la fin du premier chapitre. J'ai remonté ce livre au format poche du garage et je l'ai là, à mes côtés, sur la table, posé à l'envers. C'est un gros livre de plus de quatre-cent-quarante pages et trois gros chapitres. Les premières pages que je retranscris en début de billet sont les premières pages de cette édition, les premières pages que j'ai lues et aussi les pages qui ne sont pas de Proust.
"À la recherche du temps perdu" est un monument de la littérature. Il est réputé difficile à appréhender, à lire, à suivre. Je vais essayer une fois encore de m'y plonger et de m'y tenir. Je vous tiendrai au courant.

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Hier soir, j'ai lu une bonne quarantaine de pages. C'est extraordinaire et inespéré, il semble que je sois enfin à un point de ma vie qui me permet d'apprécier et sourire de ce roman. J'ai réellement pris du plaisir à lire ces pages. J'espère que cela va continuer.
Autrement et sans aucun rapport, une photo récupérée de dedans le disque dur.

1798

lundi 28 novembre 2016

Trois pour un Palmier

Ils s'y sont mis à trois pour sortir ce bouquin. Ils se sont rencontrés à l'occasion du premier festival d'humour en Périgord qui s'est tenu à Escoire organisé par l'association Humour et Culture. J'y avais été invité pour présenter les "Motocyclettes farfelues" éditées par tim buctu éditions que certains d'entre-vous connaissent déjà. Pour l'occasion, j'ai été contacté par un autre auteur invité, Marc Balland, romancier influencé par Pierre Dac et son humour absurde, qui me proposait de réaliser quelques dessins pour illustrer une histoire d'Escoire somme toute assez éloignée de la vérité historique et officielle. Le projet m'a plu et, puisque je n'avais rien de mieux à faire, je me suis exécuté. Ce festival me permettait de rencontrer le troisième homme de l'affaire, Patrick François, contrepèteur de haute voltige et amateur impénitent de jeux de mots intempestifs.

Dernier jour pour payer ses dettes
Au cours d'une discussion à bâtons rompus, nous en arrivâmes à regretter l'absence d'une maison d'édition spécialisée dans l'humour. L'idée est arrivée sans qu'on la voie arriver. Pourquoi ne pas la créer, cette maison d'édition ? C'est ainsi qu'est née l'association Ha ! Ha ! Ha ! Éditions. La deuxième idée a été d'écrire un livre à nous trois. Nous avons cogité et l'un de nous, je ne sais plus qui, a proposé de faire un almanach absurde. Le concept est posé, place à l'imagination débridée. D'abord, cet almanach mélangera les dates. Et puis, il ne les mettra pas toutes. Ou plutôt, il fera appel à de savants calculs scientifiques pour distinguer les dates marquantes de celles pouvant être considérées comme équivalentes ou semblables. Les sujets qui seront abordés seront de tous types. Nous trouverons des rubriques consacrées à la vie des saints, bien entendu, mais aussi des feuilletons, des rapports de faits divers, des dessins humoristiques, des contrepèteries, des chroniques historiques et politiques voire des recettes de cuisine et des publicités mais le tout entaché par de gros mensonges, des contre-vérités, des approximations, des calembredaines et des billevesées comme s'il en pleuvait.

Le Palmier nouveau est arrivé
Pour ne pas être accusés de tromperie, les auteurs ont l'idée d'annoncer la couleur dès la couverture. "La vérité est tailleur", prévient un tailleur. "100% de tissu de mensonges cousus de fil blanc" est-il inscrit sur la couverture. Mais encore fallait-il trouver un titre pour l'ouvrage. Et pourquoi pas "Le Palmier" ? Il est entendu qu'un almanach se doit de comporter des dates et quel meilleur symbole que le palmier, cet arbre à dattes, pour représenter ce que l'on trouvera à l'intérieur. L'à-peu-près n'est pas de nature à nous faire reculer ! L'approximatif est notre credo, n'hésitons pas à plonger dans le domaine de l'absurde et à nous y vautrer !

La vérité sur l'affaire de la culotte fendue
La suite a été globalement assez simple. Nous avons écrit et proposé à l'approbation de tous des idées, des suggestions, des illuminations. Nous avions peur de ne pas avoir assez de matière, nous en avons eu suffisamment pour nous obliger à en laisser de côté. Le tout a été mis en pages, nous avons changé des pages de place, nous en avons mis à l'envers, aussi. Et puis, tenez, nous en avons déchiré une, juste pour rire. Je ne vais pas vous le cacher, nous nous sommes bien amusés à faire ce Palmier !

Il y en aura pour tout le monde
Et puis, une fois qu'il a été terminé, nous l'avons fait imprimer. On a beau être presque sûr de ce que l'on fait, il y a toujours une petite pointe d'angoisse entre le moment où on livre les fichiers à l'imprimeur et celui où le premier exemplaire arrive entre vos mains. Est-ce que le résultat est à la hauteur des attentes ? Et bien oui, il est beau et bien imprimé, ce Palmier ! Malgré les lectures et relectures, quelques fautes d'orthographe subsistent malgré tout. Ça fait un jeu supplémentaire pour le lecteur. La semaine dernière, nous avons reçu les exemplaires et nous les sommes partagés. Maintenant, il faut les vendre.

Achetez le Palmier
Pour cet ouvrage collectif, il n'est absolument pas question que les auteurs touchent le moindre droit d'auteur. Les bénéfices éventuels iront à l'association qui, si elle en a les moyens, aidera des auteurs humoristes à éditer leur livre. La priorité est déjà de rembourser les frais d'impression. Pour aider à la vente, nous sommes en train de mettre en place une boutique en ligne. Nous allons également laisser des Palmier en dépôt chez des libraires et participer à des salons.

Bien entendu et bien qu'il n'y ait aucune obligation à le faire, ce serait bien que vous nous souteniez en achetant cet almanach qui, je l'espère, saura vous faire rire et sourire, vous faire passer de bons moments. Il est difficile pour moi de juger notre travail. Je le connais par cœur, ce Palmier, mais aujourd'hui encore, il m'arrive de rire en lisant certaines des conneries qui égayent ses pages. J'ai bien conscience que l'humour est multiple, que celui de Machin ne plaira pas à Truc. Dans l'ensemble, l'humour du Palmier est plutôt "gentil". Il y a bien un peu d'humour noir, un peu de critique politique ou social, un peu de dénonciation de la bêtise mais ce n'est pas un livre polémique. Parfois, c'est peut-être un peu élitiste, aussi. Globalement, je pense qu'il y en a pour tout le monde et que, pour certains textes, ça mérite que l'on accepte de réfléchir un peu. Bref, soutenez Ha ! Ha ! Ha ! Éditions, soutenez des auteurs vivants, achetez le Palmier !

Ha ! Ha ! Ha ! Éditions
La boutique

vendredi 22 avril 2016

Lemaitre joue contre la montre

Voilà bien un livre que j'espérais. Comme beaucoup, j'ai découvert Pierre Lemaitre avec le prix Goncourt 2013 attribué à Au revoir là-haut, un livre haletant, beau et fort, terrible et fascinant. Je suis tombé amoureux de l'écriture de l'écrivain et ai lu tout ce que j'ai pu trouvé dans la foulée. Du coup, il ne me restait plus qu'à attendre que le monsieur daigne sortir un nouveau livre. C'est que l'on devient vite accro à sa prose. Une vraie drogue dure.
J'entends sur France Inter, dans la Librairie francophone de Emmanuel Khérad, il y a de cela quelques semaines, que ça y est, un nouveau roman est sorti en librairies ! Je ne me précipite pas et attends de passer par la ville pour aller acheter un exemplaire. Il est là, à ma disposition, bien en vue. Je fais durer le plaisir, je fais monter le désir. Et puis, je me plonge dans la lecture. Environ 250 pages. J'espère le faire durer un peu. Peine perdue, je lis facilement un bon tiers dès le premier soir. Le lendemain, j'en engloutis un nouveau tiers. Le troisième soir, je triche. Je m'arrête au dernier chapitre, juste histoire de ne pas le terminer, ce bouquin trop court.

Trois jours et une vie
L'histoire ? Je ne vais rien en révéler de trop. Je vais juste en dire que c'est l'histoire d'un enfant de douze ans qui en tue un de six. C'est un regrettable accident, c'est l'histoire de la culpabilité, de la crainte de se faire prendre, d'être démasqué. C'est aussi continuer à vivre dans un petit village où tout le monde connaît tout le monde, où les plus proches voisins sont les parents et la sœur de l'enfant mort, un village qui sera touché par une grosse tempête. C'est l'histoire d'une vie qui s'est arrêtée et d'une autre qui continue malgré tout et aussi d'une tentative de rédemption. Et c'est surtout une fin à laquelle on ne s'attend pas et qui n'apporte ni réponse ni réparation.
Pierre lemaitre pose le principe de l'irréparable. On ne peut rien ni contre le temps ni contre la mort. Lorsque c'est passé, on ne revient pas en arrière. Antoine, le personnage principal du roman découvre cela en quelques secondes. Il ne s'en remettra jamais. Le lecteur que je suis a dévoré ce bouquin avec un léger malaise. J'ai eu de la compassion pour le jeune meurtrier devenu adulte, j'ai espéré qu'il s'en sorte. Pire, je n'ai pas eu de sentiment particulier pour le jeune Rémi, la victime. J'en ai eu, par contre, pour ses parents.
Une fois le livre refermé, je me suis dit que ce n'était pas là le meilleur livre de Pierre Lemaitre. Il reste d'une lecture captivante et d'une langue fluide et agréable. Ce qui manque peut-être, c'est le suspense. Il se limite grosso-modo à savoir si Antoine sera confondu ou pas. Cependant, ce n'est pas l'objet du roman. Ce n'est pas à proprement parler un polar, pas même un roman noir, à mon sens. Il est peut-être un peu trop rapide et peut-être que l'on aimerait seulement qu'il dure plus longtemps. Quoi qu'il en soit, il est bien efficace et sa lecture est fortement recommandée par moi-même.

vendredi 25 mars 2016

L'après Stieg

Entre fin 2013 et début 2014, j'ai dévoré les trois tomes de la trilogie Millenium de Stieg Larsson. Il se trouve que l'année dernière est arrivé le premier épisode d'une nouvelle trilogie écrite par David Lagercrantz, Stieg Larsson étant retenu par ailleurs pour une durée indéterminée qui pourrait durer encore un peu. Comme j'avais hésité longtemps à lire les premières aventures de Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist, j'ai attendu avant de me précipiter sur cette suite. C'est à dire, aussi, que je me demandais si Lagercrantz allait être à la hauteur. J'ai tergiversé, j'ai écouté ce qu'en disaient les critiques littéraires, j'ai lu quelques analyses et puis j'ai acheté.
"Ce qui ne me tue pas". Derrière ce titre nietzschien, nous retrouvons Lisbeth et Mikael ainsi que Erika et d'autres personnages du petit univers de Millenium. S'y retrouve-t-on ? Oui. Sans nul doute, l'esprit est là, tout comme le ton et le style. Lagercrantz respecte tout ça et poursuit l'œuvre laissée en plan par Larsson. D'après ce que j'ai compris, ce quatrième roman est basé sur les idées de Stieg Larsson. Il doit y avoir deux autres romans qui devraient sortir en 2017 et 2019.
Je n'ai pas l'intention de vous raconter l'histoire mais je peux vous dire ce que j'en pense. Je l'ai dit auparavant, des trois premiers, c'est le troisième qui m'a semblé le plus abouti. Ce quatrième est très bon mais me paraît moins prenant que ce troisième.Lisbeth est toujours une championne en informatique et Mikael connaît un passage à vide dans sa carrière de journaliste. Ils ne se sont plus croisés depuis plusieurs années et ils vont se retrouver pour cette nouvelle aventure. Enfin se retrouver... Il faut tout de même attendre la toute fin pour que les retrouvailles soient effectives. De fait, nos deux héros vont travailler ensemble mais chacun de leur côté. Et c'est peut-être là ce qui m'a fait trouver ce livre un peu plus faible que les précédents. Ceci dit, tout ceci est expliqué et ça marche.
Comme les bouquins précédents, j'ai eu du mal à lâcher celui-ci très longtemps et, dans le même temps, j'espérais le faire durer le plus longtemps possible. J'ai lu certains propos de personnes refusant de lire ce quatrième roman au motif qu'il n'a pas été écrit par le créateur de la trilogie d'origine. Bon. Pourquoi pas ? On ne peut pas obliger les gens d'aller contre leurs interdits ou leurs opinions. Même si ceux-ci sont parfaitement idiots, ridicules, bêtes, stupides, crétins et toutes ces sortes de choses. Refuser la lecture de ce livre juste parce qu'il n'est pas de la main du créateur, comme ça, parce que l'on cherche à prouver que l'on ne mange pas de ce pain là, que l'on est le chantre d'une certaine orthodoxie extrémiste, que l'on considère que la reprise d'une œuvre, de personnages, est une trahison faite à la mémoire d'un auteur. S'il est des cas où cette attitude est compréhensible, il ne faut pas que ça devienne une règle sur laquelle on ne peut pas transiger. Si tel est le cas, je le répète, c'est que l'on est devenu parfaitement idiot.
Pour moi et dans tous les cas, l'œuvre vaut plus que son auteur quel qu'il soit. Dans le cas présent, l'œuvre est bonne et je ne me pose pas la question de savoir si David Lagercrantz est légitime ou non à poursuivre l'œuvre abandonnée lâchement par Stieg Larsson. Bien sûr, il faudra attendre les prochains épisodes pour savoir si vraiment la deuxième trilogie arrive au niveau de la première. Je n'ai pas beaucoup de doutes, ceci dit. Déjà, on ne peut pas dire que Stieg Larsson soit particulièrement remarquable par son style. La grande force de Millenium est le personnage de Lisbeth Salander. Et les relations entre cette jeune femme et Mikael Blomkvist, bien sûr. Les histoires sont très documentées, elles sont crédibles dans l'ensemble. Elles semblent coller à leur temps, aussi, marquées par leur époque. D'ailleurs, là où Stieg Larsson se plaisait à citer des marques et des modèles de matériel informatique, David Lagercrantz ne le fait pas. Je l'ai remarqué et je me dis que ce n'est pas plus mal. Lorsque l'on lit les premiers tomes de Millenium aujourd'hui, on note que ces histoires sont datées par le matériel utilisé. Ce n'est pas bien grave mais il est amusant de se dire que cette idée qui permettait aux premiers romans de paraître modernes ou actuels fait qu'ils semblent aujourd'hui du domaine d'un passé plus ou moins ancien.
Oui, le style de Larsson. Je me suis perdu en route. Donc, je pense que le style de Larsson n'est pas remarquable. Evidemment, je ne lis pas le suédois. Dans l'ensemble, je dirais que c'est une écriture plus efficace que stylée. C'est simple, c'est précis, c'est facille. C'est de l'écriture de journaliste. Ça marche très bien pour ce genre de romans mais ce n'est pas du Proust ou du Céline. Donc, reprendre les personnages, pourvu que l'esprit soit respecté, pourvu aussi que l'histoire fonctionne, ne me dérange pas le moins du monde. Ce que je sais, c'est que j'ai pris du bon temps à lire ce quatrième Millenium et que je lirai probablement, sauf si je dois m'absenter pour quelque temps de la vie publique comme Stieg Larsson, bien sûr, les prochains bouquins de cette série.

Millenium 4

lundi 14 mars 2016

Les Martiens sont des casse-couilles

Avant qu'il ne soit clairement établi que l'on ne trouverait pas de petits hommes verts sur la planète Mars, ceux-ci faisaient le bonheur des écrivains de science-fiction et des réalisateurs de films du même genre. S'il fut une époque où Home Terrestrus pouvait sincèrement avoir peur d'une invasion martienne, il n'est sans doute plus personne sur notre bonne vieille planète pour le craindre. Par machines interposées, l'homme a posé le pied sur cette planète rouge et l'a fouillée à la recherche d'eau et de vie. Si jamais la vie a pu, sporadiquement, apparaître sur cette planète désolée, un consensus scientifique est aujourd'hui posé pour affirmer que la prochaine invasion extra-terrestre ne viendra pas de là.
La science-fiction n'est pas un genre qui trouve grande grâce à mes yeux, pas plus en littérature qu'au cinéma. Ce qui me dérange souvent, c'est l'emploi de ce que j'appelle deus ex machina. Par exemple, et ce n'est pas là de la science-fiction, lorsque Mankell, dans l'un de ses romans, fait arriver un hélicoptère de la police à la toute fin du roman et que l'inspecteur réussit à se sauver d'une mort certaine grâce à ça. Vous pouvez pas savoir à quel point ça m'agace, cette histoire de méchant qui projette de tuer le gentil, l'a au bout de son canon, est prêt à tirer, tout prêt, vraiment à deux doigts de le faire, c'est carrément imminent, du peu au jus, de presque tout de suite maintenant, et que, d'un coup, il lui prend l'idée ou le besoin de tout expliquer le pourquoi il en veut à l'humanité et pourquoi il veut la détruire et où il a rangé le code qui va permettre d'arrêter la mise à feu des missiles nucléaires qui pointent sur la Terre. Oh que ça m'énerve ! Ou encore lorsque le capitaine du vaisseau spatial prévient son équipage qu'ils vont devoir passer à la vitesse MegaLight supérieure (entre trois et quatre fois la vitesse de la lumière à peu près) s'ils veulent être à l'heure pour le pot de départ du colonel Sprouatch, sur la quinzième lune de Orion du Sagittaire, aux confins du troisième univers. En un clin d'œil, mais non sans avoir risqué de percuter un traître astéroïde, ils sont pile-poil à l'heure et ne souffrent pas du tout du plus petit décalage horaire. Ça me casse les pieds. C'est comme ça.
Toutefois, si l'on commence à mettre de l'humour, ça passe tout seul et je suis le premier à me bidonner comme une baleine. Prenons le cas de l'œuvre de Douglas Adams que je vous engage à découvrir si ce n'est pas déjà fait. Là oui, aucun problème. J'accepte que l'on voyage aux limites de l'Univers et que l'on y trouve un restaurant. Où se situe le souci ? Je n'en vois pas. Tout cela est une question de convention. Si l'on établit dès le départ que l'on va naviguer dans les eaux exquises de l'absurde, que l'on va jouer à être intelligent, j'accepte de bonne grâce. Si l'on me prend pour un perdreau de l'année en me racontant des trucs qui n'ont ni queue ni tête, je renâcle.
Le livre de Fredric Brown dont je veux parler aujourd'hui, "Martiens Go Home !", est un roman de science-fiction, certes, mais de science-fiction humoristique. Et ça change beaucoup de choses. Sans que l'on ne sache ni pourquoi ni comment, les Martiens ont débarqué sur Terre. Partout et ils sont nombreux. Si l'on ne sait rien de leurs intentions, on se rend vite compte qu'ils sont insupportables. Leur seul pouvoir réel est de nuire à notre tranquillité. Physiquement, ils ne peuvent rien contre nous, ils n'ont pas prise sur le monde matériel. Ils ne peuvent ni se saisir d'un objet ni nous frapper. Par contre, ils nous entendent, ils nous parlent (et ils sont malpolis et moqueurs), ils voient à travers la matière, se posent au sommet de votre crâne, vous crient dans les oreilles, dénoncent les mensonges, dévoilent les secrets d'état. De vraies poisons.
Personne ne sait ce qu'ils veulent, personne ne peut les combattre, et, rapidement, les Humains sont obligés de faire avec leur présence et ce n'est pas toujours simple et agréable. Puisqu'ils voient tout et traversent les murs en plus de voir à travers, l'humanité répugne un peu à faire l'amour. On enregistre une baisse de natalité conséquente dans la première année.

Martiens foutez le camp !
A 37 ans, Luke Devereaux est un auteur de romans de science-fiction. Il s'est réfugié dans la cabane d'un ami pour écrire un nouveau roman. Sa vie sentimentale est malmenée, sa femme a entamé une procédure de divorce. Pour l'aider à trouver une idée pour son roman, il picole. Et c'est alors qu'il est déjà passablement saoul que lui vient une idée d'invasion martienne et qu'un martien fait irruption dans sa vie. Je ne vous raconte pas le reste.
Paru en France en 1957 (en 1955 aux Etats-Unis d'Amérique), ce roman est a replacer dans le contexte de l'époque, dans la guerre froide qui faisait rage, dans les histoires d'extra-terrestres qui avaient cours (affaire de Roswell en 1947 et autres). Comme souvent dans les ouvrages de science-fiction et plus encore dans ceux d'anticipation, le roman de Fredric Brown est l'occasion d'une critique des sociétés humaines. La présence des Martiens rend impossible la guerre entre les grandes puissances que sont les USA et le bloc soviétique. Parce que l'auteur est Américain, on note que le point de vue principal est celui d'un citoyen américain.
Ce qui est amusant, c'est de se dire qu'aujourd'hui on pourrait écrire un roman sur la même trame en remplaçant les Martiens par l'informatique et le réseau mondial à qui il pourrait devenir difficile de cacher quoi que ce soit et à qui il pourrait devenir illusoire de fermer quelque porte qui soit. Ces jours-ci, on parle beaucoup d'intelligence artificielle avec l'ordinateur de Google qui apprend à jouer au jeu de go et bat le champion du monde de la discipline. Qu'en sera-t-il de l'humanité au jour où l'ordinateur se suffira à lui-même et qu'il pourra gérer nos vies ? Même s'il est conçu pour nous servir au mieux de nos intérêts, il nous rendra assurément la vie impossible ou, tout du moins, sans saveur. Il gèrera notre alimentation, nous interdira les comportements à risque, nous empêchera de boire de l'alcool, de fumer du tabac et pire encore. Il aura un contrôle de tous les instants sur notre état physiologique, nous dira quel sera notre partenaire sexuel idéal pour que les gènes donnent le meilleur rejeton possible. Puisque nous n'aurons plus à nous préoccuper de rien, il sera alors peut-être temps de tirer notre révérence et de quitter la scène... ou de débrancher les machines s'il en est encore temps.
J'ai donc lu ce bouquin qui se lit rapidement. Et qu'est-ce que j'en pense ? Je suis partagé. Si je considère qu'il est bien vu dans l'ensemble, il y a quelques détails qui me dérangent et quelques facilités que je déplore. Parmi les détails, il y a quelque chose que j'ai identifié comme un fond de racisme. Je m'explique. Fredric Brown n'hésite pas un instant de qualifier les personnes "noires" ou "jaunes" de sauvages en caricaturant beaucoup trop à mon goût cette notion de personnes simples d'esprit. De même, il n'hésite pas à nommer le secrétaire général des Nations Unies, d'origine japonaise, Yato Malblanshi (dans la traduction française tout du moins). Ce n'est peut-être pas ce qu'il y avait de plus heureux à trouver, il me semble. Alors, on dira que en d'autres temps et on mettra cela sur le compte d'une erreur de jeunesse comme pour Hergé. Bon. Admettons. Il n'empêche que je n'aime pas.
Si j'apprécie ou s'il ne me dérange pas que l'auteur ne se soit pas senti obligé de donner des explications techniques sur la venue de ces Martiens, je suis resté un peu sur ma faim sur son désir de faire de ces Martiens des êtres qui n'ont pas d'impact sur notre monde matériel. Je comprends bien que c'est là une idée intelligente pour expliquer facilement que l'on ne peut pas les combattre mais je trouve cela tout de même un peu trop simple. A tout prendre, j'aurais presque préféré que les Martiens nous aient envoyé des hologrammes. Tout ceci étant dit, ce livre reste plaisant à lire et on se prendra plusieurs fois à rire ou sourire aux mésaventures de ces pauvres Terriens impuissants et désarmés face à ces insupportables petits êtres verts à qui l'on aimerait bien botter le cul jusqu'à en user ses semelles !

samedi 27 février 2016

J'ai lu ça

On m'a prêté un livre et je l'ai lu. J'avais entendu parler un peu de l'auteur, Gilles Legardinier, et j'avais surtout remarqué les couvertures de ses bouquins, très travaillées, très vendeuses, très étudiées. Puisque j'avais l'occasion et le temps de le lire, ce livre, je l'ai lu.
Alors, je suis assez partagé. C'est assez efficace, ce n'est pas mal écrit, c'est amusant, c'est bien vu (sans doute). L'histoire est plaisante bien qu'un peu maigre. J'ai refermé le livre sans trop de regret. Il arrive que l'on n'ait pas envie de refermer un livre que l'on a aimé. On aimerait qu'il ne finisse pas ou qu'il rebondisse encore et encore. On aimerait s'y perdre, y passer le reste de sa vie. Ça n'a pas été le cas avec "Ça peut pas rater !". Je le dis, ce n'est pas désagréable, loin de là ! C'est assez réjouissant, riche en humour bien propre sur lui, facile à lire et distrayant. Mais voilà, c'est justement trop facile, trop propre, trop gentil.
Marie est salariée dans une entreprise de matelas, au service des ressources humaines. Elle vient de se faire plaquer par son ami qui la met à la porte. Elle va se venger et elle va avoir la chance d'avoir une amie qui va lui prêter un luxueux appartement pour une année et elle va prendre la tête de la révolte des salariés de son entreprise contre le directeur qui fourbit un plan très méchant visant à vendre l'entreprise et à licencier tout le monde. Au passage, elle va tenter de découvrir qui est l'inconnu qui lui envoie des lettres d'amour anonymes. Tout se termine très très bien. Trop bien à mon goût. C'est gentil. Gilles Legardinier profite du fait qu'il écrit un roman pour dire ce qu'il pense de la vie de femme. Il se met dans la peau de Marie, critique les hommes, perce la psychologie féminine. Tout cela est amusant. Je me suis demandé, avec l'esprit mal placé que j'ai, si l'on ne cherche pas un peu à brosser la clientèle féminine dans le sens du poil. Je me demande aussi si ce livre n'est pas fait pour les femmes. D'un point de vue commercial, il est plus intelligent d'écrire pour les femmes puisque ce sont plutôt elles qui lisent, nous apprennent les statistiques. Et alors, je me dis que toute cette machinerie hyper bien huilée qui ronronne sans le moindre hoquet n'est pas un petit peu trop lisse.
Je ne déconseille pas la lecture de ce livre qui ne fait pas mal à la tête mais je ne pense pas que l'on doive se sentir obligé de le lire.

Un livre avec un beau chat en couverture

mardi 22 décembre 2015

Vieilleries bédéesques

Le hasard, c'est tout de même un drôle de truc. J'en ai eu la preuve une fois de plus pas plus tard que tout à l'heure. Il y a quelques jours de cela, mon plus jeune frère m'amène quelques albums de bandessinée que je n'ai pas lus depuis bien longtemps. Ce matin, je décide après un long temps de réflexion d'aller les poser sur la pile des BD, revues et bouquins à lire. Je ne sais pas comment je me débrouille mais voilà que la pile s'écroule, rompant la belle architecture toute faite d'une savante maîtrise de l'équilibre appliquée aux objets du quotidien dont je me suis fait un expert réputé. Pestant et rageant, j'entreprends la reconstitution de ce bel ordonnancement pour redresser la situation et la pile qui doit atteindre le mètre. En attrapant les bouquins, revues et albums, je trouve deux vieux albums, l'un des Aventures d'Astérix le Gaulois et l'autre des Aventures de Tintin et Milou. Là, quelque chose s'allume dans mon cerveau. Une idée ! Le cerveau me raconte qu'il y a un rapprochement à faire entre toutes ces vieilles BD.
Comme on peut le voir sur la photo qui illustre ce billet, ces BD ne sont pas neuves et elles montrent des signes de fatigue indiquant qu'elles ont été lues et relues. D'un côté, nous avons deux albums qui sont des best sellers indiscutables et de l'autre deux albums à la diffusion plus confidentielle. Pour l'album de Jacques Devos, j'ai déjà dit par ailleurs ce que j'en pense. Pour l'album de Georges Grammat, c'est différent. Si mes souvenirs ne me jouent pas de tours, il me semble que c'est moi qui aurais pu l'acheter sur un marché à Conflans-Sainte-Honorine. Je n'en suis pas certain à cent pour cent mais j'ai un souvenir de ce genre. J'aurais acheté deux albums, celui-ci et un de Derib, Les Ahlalàààs. Et pour tout vous dire, l'album de Grammat est parfaitement génial. Je me réjouis déjà de le relire bientôt.
Mais alors, pourquoi certains auteurs ne parviennent pas à percer quand d'autres cartonnent ? En général, il me semble qu'il y a une forme de "justice". Souvent, quoi qu'on en dise, le public est bon juge et ce sont les meilleurs qui restent. Cela n'empêche pas les accidents avec des "bons" qui ne sont pas reconnus et des "mauvais" qui réussissent. Je pense tout de même que le talent et l'intelligence sont récompensés. Que ce soit le couple Goscinny-Uderzo ou que ce soit Hergé, on ne peut pas, selon moi, leur dénier un réel quasi génie. Les albums d'Astérix ou de Tintin conservent aujourd'hui tout leur intérêt et je suppose que les enfants d'aujourd'hui se plongent avec le même appétit dans ces aventures que ceux d'hier.

Bédés

mardi 8 décembre 2015

Steve Pops

Ce n'est peut-être pas l'auteur le plus connu mais il a marqué mon enfance. Quelque part aux tout débuts des années 70, mon grand-frère fait entrer un album de Jacques Devos dans la maison. Il s'agit de "Steve Pops contre Dr Yes". Je suis alors très jeune et je ne saisis pas toutes les allusions aux films de James Bond qui émaillent le récit. Pour autant, je me délecte de cette histoire à un tel point que je la lis et la relis jusqu'à la connaître par cœur.
Il faut attendre le début des années 2000 pour que mon grand-frère trouve le deuxième album de Steve Pops, "Opération Eclair". A mon avis, il est nettement moins bon. Je le lis et il me donne l'envie de relire le premier. L'affaire semble vouloir s'arrêter là. A la fin de ce deuxième album existe bien la promesse d'un troisième mais il semble n'avoir jamais été édité.
En cherchant sur Internet, on finit par apprendre l'histoire de ce troisième album. Jacques Devos l'aurait livré aux éditions Casterman et là, il se serait perdu. Perdu ou volé ? On ne le sait pas. Toujours est-il qu'il a disparu. L'histoire prétend que l'auteur en serait devenu dépressif. On peut le comprendre.
Et puis, en 2015, l'affaire des planches disparues rebondit. Jean-Jacques Devos, le fils de l'auteur, est contacté par courrier électronique. On lui apprend qu'une des planches disparues vient de faire son apparition sur Internet. Ce sont Anne et Gilles Doumerc qui vont jouer un rôle majeur dans cette affaire rocambolesque. Ils vont écumer les ventes publiques, remettre la main sur les planches, créer une police de caractères, scanner les planches manquantes depuis les copies existantes et surtout remonter l'album !
L'éditeur "le coffre à BD" est contacté pour une édition de cet album auquel se joindra les deux premiers ainsi que l'ultime, le quatrième, auquel Jacques Devos avait travaillé. Si le troisième, celui qui avait été perdu est édité encré mais en noir et blanc, le dernier est à l'état de crayonné et d'esquisses.
Que penser de ces deux derniers albums ? Nous ne sommes certainement pas en présence du meilleur de la bande dessinée. Les histoires ne visent pas l'excellence et n'égalent jamais celle du premier album qui reste le meilleur. Cependant, il est très intéressant et fort instructif de lire le dernier album en cela qu'il permet un peu de voir comment un dessinateur monte ses planches avant de passer au dessin définitif. J'ai compris certaines choses. Il n'est pas dit que cela me permettra de devenir bédéiste mais je pense avoir progressé dans la compréhension de la construction d'une histoire et du placement des dessins.

Jacques Devos - Steve Pops

mardi 11 août 2015

Revue photo qui passe la photo en revue

Parce que je n'aurai pas le loisir de vous préparer quelque chose aujourd'hui, je puise dans mes réserves pour en sortir une nouvelle fausse couverture de magazine. On notera le travail de mise en pages digne des meilleurs cerveaux délirants des années 70 ou 80.

Top Photo

lundi 6 juillet 2015

Il faut oser

Osez les Espagnoles !

jeudi 9 avril 2015

Motocyclettes farfelues

Il n'y a pas si longtemps, je vous disais que surviendrait prochainement un événement qui vaut son pesant de cacahuètes. Nous y sommes, cet instant est arrivé et il m'oblige à procéder à un exercice d'auto-promotion.
Vous le savez peut-être, il m'arrive de dessiner des motocyclettes parfaitement ridicules. Si vous parcourez parfois ce blog, vous n'aurez sans doute pas échappé à cela. Or, il se trouve qu'un éditeur a eu envie de regrouper certains de ces dessins dans un recueil. Oui, c'est une chouette idée. J'ai accepté avec enthousiasme, j'ai mis en couleurs les dessins qui ne l'étaient pas déjà, j'ai mis tout ça en forme, écrit quelques textes pour accompagner les dessins et c'est parti chez l'imprimeur.
Aujourd'hui, j'ai reçu quatre exemplaires de ce petit livre. Il est plutôt pas mal et je vous engage vivement à vous le procurer. D'un point de vue technique, il est au format A5 (la moitié d'un A4), il a une quarantaine de pages et est composé d'un peu plus de trente dessins dont certains parfaitement inédits. Il est vendu au prix doux de 12 euros et est presque tout en couleurs.
Ne vous y trompez pas, vous ne sortirez pas plus intelligent ou instruit après avoir lu ce bouquin. L'éducation des masses n'est pas ce qui a conduit ce projet. Par contre, il est possible que vous vous surpreniez à esquisser un sourire. Prenez garde.

Motocyclettes farfelues
Vous pouvez commander ce livre chez votre libraire préféré ou directement auprès de Tim Buctu Editions.
Motocyclettes farfelues de Michel Loiseau - Tim buctu éditions - ISBN 978-9548909-5-1

vendredi 13 mars 2015

Moi René Tardi, suite

Je vous parlais du premier opus[1] de l'histoire de René Tardi, père de Jacques le 15 décembre 2012. Aujourd'hui, je vais vous causer du deuxième livre qui précède, on nous le laisse entendre, un troisième. Dans ce deuxième épisode, nous retrouvons René Tardi sur la route durant son retour à la liberté depuis la Poméranie orientale jusqu'à Valence.

Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIB - Jacques Tar
C'est la fin de la guerre et face à l'avancée de l'Armée rouge, on vide les camps, ceux ordinaires, les stalags, et les camps d'extermination, aussi. Pour les prisonniers, déjà mal en point, c'est une longue marche qui débute sur les routes avec des détours, des haltes plus ou moins longues, la faim, les exécutions. Les jours passent et la guerre est de plus en plus mal engagée pour les Allemands. Les bombardements alliés écrasent des villes, l'armée allemande n'a plus de quoi faire voler ses avions, les camions, les chars d'assaut sont en panne de carburant. Pourtant, certains soldats croient encore en la capacité d'Hitler à gagner la guerre.
En s'appuyant sur le carnet de son père dans lequel il s'est attaché à décrire le plus fidèlement possible sa vie dans ce stalag et la marche jusqu'à la liberté, Jacques Tardi livre une bande dessinée forte en charge émotive et en colère rentrée contre les nazis mais aussi le peuple allemand qui approuvait encore assez largement les idées de Hitler et ses acolytes. Jacques Tardi se représente comme l'enfant qui aurait pu être aux côtés de son père pour lui poser des questions, pour expliciter tel ou tel détail, pour s'interroger et pour critiquer, aussi.
Plus que le premier tome et peut-être parce que plus en contact avec la population civile, cette BD me semble être en colère, avoir un appétit de vengeance. Il faudra que je relise le premier épisode. Apparemment, Jacques Tardi laisse supposer qu'il y aura une suite à l'histoire, après que René est rentré chez lui à Valence et qu'il a été réintégré dans l'armée française, lui qui s'était engagé avant guerre.
L'histoire nous emmène depuis le stalag IIB en Poméranie, en hiver, jusqu'à la rencontre avec les soldats anglais et américains, les libérateurs, puis jusqu'à Valence. En aparté, on assiste au suicide de Hitler dans son bunker et à celui de temps d'autres dignitaires nazis et de leur famille. C'est la débâcle espérée par certains et crainte par d'autres. Pour moi, vraiment, c'est toute la partie qui explique qu'une large partie du peuple allemand était rangée aux idées nazie qui m'a mis en colère. J'imagine que c'est la preuve de la force de cette BD. Je n'ai pas connu la guerre, je n'ai pas eu à en souffrir, je n'étais bien sûr pas dans ce stalag IIB, je n'ai forcément jamais rencontré René Tardi. Et pourtant, à la lecture de ce livre, j'avais le sentiment de le vivre. Etonnant. Je vous conseille la lecture, ça vaut le coup.

Note

[1] j'aime bien quand ça fait un peu pompeux, des fois

samedi 1 novembre 2014

Les inoubliables

Au détour de la découverte de la photo d'un groupe de cinq enfants, l'écrivain Jean-Marc Parisis revient sur les traces de sa propre enfance et enquête sur celle des enfants figés dans leur pose.

Ce sont cinq enfants qui prennent la pose devant l'objectif du photographe. Ils sont frères et sœurs. Ils sont arrivés à la Bachellerie avec leurs parents, Alsaciens réfugiés en Périgord après l'entrée des Allemands en Alsace. Cinq enfants, deux parents, une famille juive déracinée à qui les Allemands interdisent de vivre chez eux, en Alsace. Ils débarquent en Dordogne, dans la partie du département en zone libre. Durant la guerre, la mairie de Strasbourg est transférée à Périgueux. De nombreux réfugiés alsaciens arrivent en Dordogne et les familles sont dispersées dans le département. Plusieurs d'entre elles arrivent à la Bachellerie où elles sont acceptées sinon accueillies.
Jean-Marc Parisis est né en 1962. Il n'a pas connu la guerre. Par contre, il a connu la Bachellerie où il venait durant ses vacances, passer quelques jours chez ses grands-parents. Pour l'auteur, la Bachellerie est le village du bonheur. Il a ses souvenirs d'enfant et d'adolescent. Dans les années 70, il ne sait rien de ce qui s'est déroulé ici. Ses grands-parents taisent la guerre, personne n'en parle. Il ne doit pas non plus questionner. La guerre, c'est loin. Elle est terminée depuis une trentaine d'années. Bien sûr, on lui a dit que le château de Rastignac avait été brûlé par "les Allemands" mais ça ne dit rien de l'histoire. Ce château, il y allait s'amuser comme tous les enfants de l'époque. Un château abandonné, partiellement restauré en façade. Il suffisait de pousser une porte ou une fenêtre pour y entrer et parcourir les étages. Je le sais, je l'ai fait.
Je suis arrivé à la Bachellerie en 1978, avec mes parents et mes frères. Jean-Marc Parisis est mon aîné de deux ans. Il est un peu plus jeune que mon grand-frère. Nous aurions presque pu nous croiser dans le village durant les vacances d'été. Moi non plus je n'ai pas su tout de suite ce qui s'était passé ici. Le château brûlé, d'accord. Bon. Un peu partout, je voyais des plaques commémoratives. Des résistants tués par les Allemands. C'était déjà loin. Les noms ne me disaient rien.
Peu à peu, j'apprenais que le village de Rouffignac avait été intégralement brûlé durant la guerre. Et la mairie de Terrasson. J'ai commencé à entendre parler de la division Brehmer, du nom du général qui la commandait. Cette division avait pour charge de combattre, d'assassiner, de traquer les résistants, les juifs. J'ai commencé à entendre parler de ça et de la division das Reich. Jamais je n'ai entendu parler des Juifs de la Bachellerie avant très récemment, avant, presque, de lire le récit de Jean-Marc Parisis.

Les inoubliables — Jean-Marc Parisis
Jean-Marc Parisis débute son récit, sa plongée dans la mémoire collective tue de la Bachellerie, en racontant ses vacances chez ses grands-parents. Il arrive à la gare de la Bachellerie par l'autorail qui s'y arrête en venant de Brive[1]. Il descend vers la Mule Blanche, prend la départementale qui trace la rue principale du village, coupe à travers les prés et arrive à la maison de la Bachellerie pour un séjour joyeux. Le temps passe, Jean-Marc Parisis vit en région parisienne, je suppose que ses grands-parents meurent, il entreprend une carrière d'écrivain, il oublie un peu le village périgourdin.
Et un jour, un ami le met au défi de trouver la moindre photo prise dans l'enceinte du Vel d'Hiv lors de la rafle de juillet 1942. Il n'en trouve pas mais, en cherchant sur Internet, il tombe sur une photo de cinq enfants. Hasard incroyable, il découvre que la photo a un lien avec le village de son enfance. Il comprend que ces cinq enfants au sourire un peu forcé ont été déportés à Auschwitz où ils sont morts. Il est bouleversé. Le village du bonheur a été celui du malheur pour ces enfants, pour d'autres, beaucoup d'autres. Il se lance dans l'enquête, il rencontre des témoins, fait parler, effectue un devoir de mémoire d'une mémoire qui ne peut pas lui appartenir.
Il ne s'agit pas d'un roman et Jean-Marc Parisis retrace le passé avec beaucoup de retenue, se contentant presque de mettre des mots sur les paroles. Il retrace une sorte d'état des lieux, il explique les forces en présence. Nous avons les habitants de la Bachellerie, les personnes réfugiées là, les résistants nombreux dans la région au sein de diverses organisations, les "collabos", la milice, les salauds, aussi. Et puis, l'arrivée de la division Brehmer et l'enfer. Il base son récit sur les témoignages, parfois de deuxième main, sur les archives trouvées aux archives départementales, sur la parole des historiens qui ont traité la question.
Le résultat est un livre sensible que l'on lit rapidement, dans l'émotion. On ne retiendra pas tous les noms, on ne retiendra pas tous les faits. Pour celles et ceux qui vivent ou ont vécu à la Bachellerie, il y a des noms connus, des lieux marquants. Mais il reste aussi des mystères et des trous dans ce canevas reconstitué d'après des bouts de parole.

Jean-Marc Parisis
Jean-Marc Parisis est revenu à la Bachellerie. Une première fois pour rencontrer des personnes, pour retrouver des endroits, pour écrire son récit. Une nouvelle fois pour la présentation de son livre, devant un public assez nombreux, en présence de Roland Moulinier, maire de la commune. Il s'est prêté au jeu des questions-réponses. Soixante-dix ans après les faits, que reste-t-il de tout cela ? Un monument dressé à la mémoire des Juifs tués par les Allemands, des stèles, des plaques, quelques témoins directs, très peu, de moins en moins. Les cinq enfants Schenkel sont morts en Pologne, dans un camp d'extermination nazi. Combien de temps ont-ils vécu à la Bachellerie et dans quelle condition ? On peut imaginer que les enfants ont la capacité à voir le bon côté. Ils ont peut-être été heureux dans ce village. Ce n'est pas certain. Comment imaginer ce qu'a pu être leur vie ? Le village a changé en soixante-dix ans. La mémoire a passé, le présent s'est fait sa place.

Séance de dédicace
Je me suis demandé ce que signifiait la présentation de ce livre à la salle des fêtes de la Bachellerie. Je me suis demandé si nous étions là pour se glorifier de ce livre écrit par un quasi Bachelier, traitant du village et de son histoire, de ses places, de ses maisons, de ses rues, ou si nous étions là pour la mémoire des enfants Schenkel de la photo. Pour ces enfants, pour leurs parents, pour les autres familles qui avaient trouvé refuge à la Bachellerie et dans les environs. Je me le suis demandé sincèrement. Aurais-je lu le récit d'une semblable histoire qui se serait déroulée à vingt kilomètres de là ? Si l'auteur n'avais pas eu un lointain, très lointain, rapport avec ma vie, aurais-je lu ce livre ? Honnêtement, je ne le sais pas. Pour les habitants de la Bachellerie, il y a cette sorte d'honneur d'habiter une commune qui fait l'objet d'un bouquin, c'est certain. Du reste, et sans qu'il ait jamais été dit que tous les Bacheliers étaient des gens bien, des Justes. Il n'a pas été trop dit non plus qu'il y avait beaucoup de méchantes gens. Pourtant, il devait y avoir là, dans ce village, la même proportion de personnes qui résistaient, qui collaboraient, qui ne s'occupaient pas des affaires des autres, qui étaient sans opinion.
Du côté de la Genèbre, pas loin de la ferme Meekel, un monument existe. Après la lecture du livre de Jean-Marc Parisis, j'ai l'envie de le découvrir. Dans le fond, ce récit, s'il se déroule à la Bachellerie, doit être lu pour son caractère universel. Il ne peut pas être lu ainsi par les gens de la Bachellerie, je le comprends.

Note

[1] Autorail qu'il appelle Micheline par extension

vendredi 24 octobre 2014

Quand lama fâché

Le 20 septembre dernier, je vous parlais de l'ouvrage de Philippe Goddin expliquant la genèse de l'album "Les 7 boules de cristal". Aujourd'hui, je vous présente la suite de cette étude intitulée "La Malédiction de Rascar Capac". L'auteur endosse le costume d'historien et nous plonge dans l'histoire de l'histoire. En route pour les Andes !

"Quand lama fâché, señor, lui toujours faire ainsi...". D'une manière générale, on ne peut pas dire que Hergé ait choisi l'humour dans ses aventures de Tintin, lui préférant l'aventure et le suspense. Toutefois, Hergé devait aimer rire et, à mon avis, c'est la raison pour laquelle il a créé des personnages hilarants qui sont autant de faire-valoir au héros bien trop sérieux et impliqué dans ses aventures. Les deux Dupondt, Tryphon Tournesol, Bianca Castafiore, l'insupportable Séraphin Lampion et, bien entendu, le capitaine Archibald Haddock lui-même. Cette explication sur l'attitude du lama cracheur est donnée par un jeune Péruvien au début de l'album, peu après que Tintin et Haddock ont atterri en Amérique Latine.
Tandis que l'album précédent se termine sur un fond de fin de deuxième guerre mondiale et d'accusations de collaboration, Hergé ayant publié ses planches dans le quotidien "le Soir" dirigé par les occupants allemands, "le Temple du Soleil" va être publié dans le tout nouveau "Journal de Tintin". Parce que la première partie de cette histoire n'a pas encore été éditée en album et que tout le monde n'a pas lu les planches des 7 boules de cristal dans le journal durant la guerre, Hergé va débuter la deuxième partie en résumant à grands traits le contenu de la première partie. Ces premières planches seront bien évidemment absentes de l'album qui sera édité par Casterman par la suite. La lecture de l'ouvrage composé par Philippe Goddin a donc pour premier intérêt de nous montrer ces premières planches inconnues de celles et ceux qui n'ont pas l'âge d'avoir pu lire les premiers numéros du Journal de Tintin. Et ce n'est pas là le seul intérêt que l'on peut trouver dans cette étude historique.

La malédiction de Rascar Capac
La création du Journal de Tintin prive Hergé d'un précieux collaborateur. E.P. Jacobs décide de voler de ses propres ailes et de faire vivre ses Blake et Mortimer. D'un autre côté, Hergé est bien occupé à composer l'album des 7 Boules de Cristal qui va paraître. Si l'on ajoute à cela la lourde blessure que ressent Hergé suite aux accusations de collaboration avec les nazis et la dépression qui s'ensuit, on comprend que la réalisation de ce deuxième épisode de l'aventure avec les Incas va prendre du temps. La pré-publication du Temple du Soleil va s'étaler du 26 septembre 1946 au 22 avril 1948 à un rythme hebdomadaire et avec des périodes de ralentissement dans la production des planches qui conduira à un passage de trois à deux planches publiées chaque semaine.
Philippe Goddin puise dans la riche documentation de la Fondation Hergé pour nous faire découvrir les sources d'inspiration du dessinateur. Comme dans l'ouvrage précédent, le tintinophile plonge dans une phénoménale quantité d'informations plus ou moins passionnantes mais toujours intéressantes. Il nous fait comprendre les étapes de la création de l'album tout en nous éclairant sur la vie plus intime du créateur. Ainsi apprend-on le désir de Hergé de partir s'exiler en Amérique du Sud et le risque d'implosion du ménage. On savait Hergé submergé par la dépression durant une longue partie de sa vie et on pense en comprendre la source à la lecture des explications données par l'historien.

Plus que "Les 7 Boules de Cristal", "Le Temple du Soleil" est l'un de mes albums préférés des aventures de Tintin. Peut-être parce qu'il est celui qui m'a le plus fait voyager ? La découverte de ces paysages andins, de cette civilisation cachée fidèle à ses croyances, les mystères, la condamnation à mort de Tintin, Haddock et Tournesol, le suspense qui tient jusqu'au bout font que cet album me paraît être l'un de ceux qui marche le mieux. Je me souvient de ma rencontre avec cet album. Il m'a réellement tenu en haleine et j'ai eu du mal à le refermer. C'était chez une cousine.
Selon moi, la force de Hergé est de réussir à inscrire profondément les histoires dans la mémoire du lecteur. Je comprends tout à fait que l'on puisse ne pas aimer Tintin et Hergé. Je ne suis pas un inconditionnel de Tintin et Hergé. Il n'en reste pas moins que j'aime à me replonger dans ces aventures et que je prends plaisir à les redécouvrir. Je l'ai déjà dit, je n'aime pas les premières aventures de Tintin. Le premier qui me plaise vraiment est, je pense, "Le Lotus Bleu". Par la suite, il en est quelques uns que je considère comme mineurs et d'autres qui me rendent réellement enthousiaste. Ce "Temple du Soleil" est de ceux-ci et je pense qu'il n'est pas étonnant que Philippe Goddin ait commencé par ces deux albums pour nous expliquer d'une façon aussi poussée le monde de Hergé.

La malédiction de Rascar Capac
Bien qu'il soit sans doute Tintinolâtre encore plus que Tintinophile, l'auteur, Philippe Goddin, ne s'interdit pas de lâcher ses flèches contre Hergé et de mettre le doigt sur des erreurs, des invraisemblances, des approximations. Il les explique, les excuse souvent. Hergé ne connaissait pas l'Amérique Latine, il n'y avait jamais posé les pieds, et devait faire avec la maigre documentation à sa disposition. Qu'importe ! L'histoire fonctionne et je continue et continuerai à la lire avec mes yeux d'enfant, comme dans la petite chambre de la cousine.

- page 1 de 4

Haut de page