dimanche 14 avril 2019

Par delà la mort reste la pomme de terre

Ce matin, tandis qu'un rhume scélérat m'accablait jusqu'au plus profond de mon être, je réfléchissais d'une humeur badine à la mort, à la maladie, à la souffrance et à la décrépitude. Je me disais que l'idée même de la mort, bien qu'attirante et séduisante, était tout de même un peu trop entourée de mystères divers pour une personne qui, comme moi, se pique de refuser, justement, le mystère et tout ce qu'il entraîne de charlatanisme et de croyances.
Malgré le nez qui coulait, je décidais donc d'essayer de ne pas mourir dans l'immédiat. Bien sûr, la mort aurait pu être la solution. A-t-on seulement jamais vu un mort éternuer ? Il ne me semble pas. Et quand je parle d'éternuements, je sais de quoi il en retourne. Ce matin, j'ai arrêté de compter après le huitième. J'avais la main pleine de morve, c'était dégueulasse, et je me suis traîné accompagné des explosions morveuses jusqu'au lavabo pour nettoyer les dégâts. J'avais perdu de ma superbe, je vous l'assure. M'auriez-vous vu à cet instant que vous eussiez sans doute considéré qu'il en était fini de l'insolent ascendant sur le reste du genre humain, que le phare de la pensée que je me targue d'être avait bien du plomb dans l'aile. Fort opportunément, je me cachais pour expulser des fosses nasales ces malheureuses sécrétions peu appétissantes. Cela me fait mal de devoir le reconnaître mais je n'étais pas très fier de moi et de mon corps défaillant.
Puisque j'avais écarté pour un temps l'idée de mourir, je continuais à vivre. Mais alors, il me fallait trouver une autre raison de penser. Je ne peux vivre sans penser. C'est un besoin vital, une condition sine qua non de mon existence. C'est que j'ai un cerveau bouillonnant qui est déjà réservé par la faculté qui tient à pouvoir le montrer aux jeunes étudiants pour les édifier. Ce cerveau est parfois pesant et, en ces rares moments d'effondrement que je peux connaître, je me prends à rêver d'en avoir un plus commun. Hélas, on ne commande pas à l'heure de la distribution de l'intelligence et ce n'est pas ma faute d'avoir eu droit à du rab lors de l'opération de dotation en neurones de qualité supérieure. Il est probable que d'autres aient pu s'en sentir spoliés mais qu'ils ne m'en veuillent pas, je ne suis en rien responsable de cet état de fait. Je suis désolé.
Penser à autre chose, c'était envisageable. Justement, un filet de pommes de terre était là. On ne réfléchit jamais assez au sujet de la pomme de terre, humble tubercule sans forme réelle, sans noblesse aucune. Et pourtant ! La pomme de terre est un miracle. J'illustre mon propos avec ce filet de pommes de terre photographié avec amour et déférence.


Si l'on considère trop souvent la pomme de terre comme l'aliment des masses laborieuses et populaires, si l'on ne lui prête ni qualité particulière ni intérêt notable, considérant bien à tort qu'elle est juste bonne à nourrir, à remplir la panse et à rassasier à bon compte, il ne faut pas oublier que tant de grands hommes on su l'accueillir à leur table. Nous ne citerons ici que le Général de Gaulle, Albert Einstein, Marie Curie, Pablo Picasso et Sylvie Vartan. Tous ont mangé de la pomme de terre, qui en purée, qui en frites, qui à l'eau.
La pomme de terre est frappée d'ostracisation. Les auto-proclamées élites que sont les thuriféraires de la culture biologique ne daignent pas s'abaisser à parler de la cause de la pomme de terre. Parle-t-on seulement, dans les salons, de la pomme de terre issue de la culture naturelle ? Non ! La carotte, la tomate, l'échalote ou la courgette ont droit de cité aux étals du maraîchage pour bobo écolo, pas la pomme de terre sinon à la marge, en tordant le nez et sans s'en vanter en société.
Connaissez-vous seulement une personne de ces CSP+ qui chante les louanges de la pomme de terre ? Je n'en connais pas. Ces personnes sont intarissables pour vous assommer de leurs propos débilitants à propos des "petites verrines affolantes" de Solange ou du "petit maraîcher bio" qui leur procure des fruizélégumes bios de toute beauté à la saveur incomparable ou du "petit vin" tiré d'une "petite vigne" sans intrants chimiques. Mais pour parler, en bien ou en mal, de la pomme de terre, il n'y a plus personne. C'est lamentable, c'est regrettable, c'est sot.
Est-ce que vous croyez que Macron et ses sbires s'intéressent à la pomme de terre ? Rien ne peut seulement le laisser penser et cela en dit long du mépris que ces nuisibles peuvent cultiver à l'encontre du bas peuple. La pomme de terre, ça ne fait pas assez "premier de cordée", ça ne fait que Gilet jaune, pue-la-sueur, chômeur. La start-up nation voulue par ce président de pacotille n'a que faire de la pomme de terre qu'elle ne croit pas assez moderne. Snober la pomme de terre, c'est snober le peuple de France.
Qui saura construire un programme politique autour de la question de la pomme de terre aura le soutien du peuple et c'est à cette condition que le peuple pourra prendre le pouvoir et prendre en mains son avenir.

Haut de page