samedi 6 avril 2019

Bobo la tête

Lorsque le jeune roi de France Charles VIII se cogne le front au linteau de la galerie Hacquelebac du château d’Amboise, il se fait mal et il meurt après une longue agonie de neuf heures. Il a alors 27 ans et nous sommes en 1498. 
Comment un roi de France a-t-il pu mourir d’une façon aussi stupide ? L’Histoire n’est pas très prolixe. Comment un roi de France peut-il se heurter le front au linteau d’une galerie ? Etait-il si exceptionnellement grand que ce linteau était si bas ? Quelles sont les responsabilités des architectes qui conçurent cette porte basse ? On ne le sait pas. Ce que l’on sait, c’est que le roi devait être pressé d’assister à une partie de jeu de paume. Une autre version des faits prétend qu’il était pris d’une pressante envie de pisser et que dans la précipitation il oublia de baisser la tête pour pénétrer dans cette galerie. Peu importe, ce qu’il convient de noter, c’est qu’un roi de France, fils de Louis XI et époux de Anne de Bretagne, a pu mourir d’un choc porté à la tête. 
En 1498, si l’Amérique a bien été découverte et si nous sommes passés du Moyen Âge à la Renaissance, nous sommes toujours au XVe siècle. Dans les faits, la Renaissance n'est encore qu'une vague idée d'intellectuels, une affaire qui occupe les bobos de l'époque qui souhaitent le changement. Il faut bien tenir compte que nous n'avons alors ni eau chaude au robinet ni électricité à tous les étages. Et ne parlons pas de la 4G qui est bien loin d'être seulement imaginée ! Cette fin de siècle est encore faite d'obscurantisme et d'obscurité. C'est d'ailleurs peut-être parce que les pièces du château d'Amboise étaient mal éclairées que le jeune roi courut à grandes enjambées vers son funeste destin la tête haute.
On pleura le jeune roi défunt et on lui chercha un successeur. Ce fut Louis XII. Ce roi trépassa le 1erjanvier 1515. Finalement, ce ne fut pas une grande perte puisque cela a permis à François 1er de monter sur le trône. Et ce roi là, pardon, c'est un roi qui aura su marquer son époque et qui laisse un souvenir vivace dans nos esprits. Ce roi né à Cognac, en Charente, meurt prématurément en 1547 et laisse la place à Henri II qui aimait à fabriquer des buffets aujourd'hui passés de mode.
Il faut attendre 1589 pour voir un Palois monter sur le trône. C'est un Bourbon et il meurt rue de la Ferronnerie, à Paris, en 1610, assassiné par un fou Charentais du nom de Ravaillac qui le paiera cher.
Plus tard encore, il y aura un Louis quatorzième qui laissera des traces du côté de Versailles et qui sera opéré d'une fistule anale. Nous sommes alors en plein dans le 17esiècle et l'affaire du linteau du château d'Amboise n'est toujours pas réglée. Les experts se succèdent de génération en génération, mandatés qu'ils sont par les assurances qui rechignent à payer.
Il faut attendre la Révolution française pour qu'une solution soit proposée. Puisqu'il est hors de question de faire entendre raison aux assurances, que les architectes ne veulent rien entendre et que les maçons refusent désormais de servir un roi déchu, on décide de considérer le problème sous un œil nouveau. Puisque l'on ne peut relever le linteau de cette galerie du château d'Amboise, on va raccourcir le roi au niveau des épaules. Ainsi, il devrait pouvoir aisément passer de la pièce à la galerie sans se heurter le front. Front qui, du reste, hein… Bon. Le roi profite du décolletage pour décéder. De rage, les révolutionnaires prennent sur eux de détruire en partie le château d'Amboise.

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