jeudi 3 janvier 2019

Pas de dessin

Tout de même, j'avais un peu honte. La vaisselle n'avait pas été faite depuis l'an dernier[1]. Même pas trois jours de vaisselle en retard. Ce n'est pourtant pas un crime inavouable. D'autant moins, il faut le noter, que je n'avais mangé chez moi ni la veille ni l'avant-veille. Ainsi, si je fais aujourd'hui le compte des couverts et ustensiles à laver, je peux noter une assiette, deux bols, un petit saladier, une poêle et une casserole, une fourchette, une cuillère, deux couteaux, trois verres et c'est à peu près tout.
J'ai mis du produit vaisselle dans la cuvette, j'ai fait couler de l'eau chaude, ça a produit de la mousse. Je sais bien que la mousse ne sert à rien pour rendre propre mais je ne peux pas m'empêcher de penser que, toutefois, c'est tout de même un peu mieux lorsqu'il y en a. Au moins, ça me permet de me rassurer sur le point que j'ai bien pensé à mettre du produit vaisselle. La mousse, c'est un marqueur, un traceur. S'il y en a, c'est que l'on a mis le bon produit dans la cuvette et pas autre chose. Je suis distrait. On ne sait jamais, des fois que j'aurais, par mégarde, pris la bouteille de vinaigre ou de ketchup. Donc, si j'obtiens la mousse attendue, c'est que je suis sur la bonne voie pour mener à bien l'opération entreprise.
Comme ma mère, mes grands-mères et arrière grand-mère me l'ont appris, j'ai commencé par nettoyer ce qui était le moins sale. Le verre, les deux bols puis les couverts. Je suis passé à l'assiette, au petit saladier et j'ai terminé par la casserole[2] et la poêle. J'avais terminé ma tâche et j'en ressentais une petite satisfaction modeste mais sincère.
J'avais tout le reste de la matinée pour faire le boulot que l'on m'avait demandé. J'ai lancé une application sur l'ordinateur, j'ai ouvert un fichier, j'ai corrigé un nombre, j'ai enregistré le document, je l'ai exporté en pdf et je l'ai envoyé à mon client. Ça ne m'avait pas pris plus de cinq minutes. Qu'allais-je pouvoir faire de toutes ces heures qui me séparaient du soir, du repas, de la lecture au lit et du sommeil ? Si j'avais su, j'aurais travaillé moins vite.
Bon. J'ai des dessins à faire. Allez. En route. Papier, crayon. On s'y met ! Mince. Ça ne marche pas. Pas grave. Je vais faire du café. Des fois, le café ça peut aider. J'enlève le filtre à café usagé, j'en mets un neuf, quelques cuillères de café moulu dedans, de l'eau dans le réservoir, la verseuse sur la plaque chauffante sous le filtre, un appui du doigt sur le bouton, les gargouillements, l'eau qui coule en entraînant avec elle ce qu'elle extirpe du café. J'attends que ça finisse de passer et je bois mon café. Je me remets au dessin. Flûte ! Ce café ne vaut rien ! Il ne fonctionne pas. Mais qu'est-ce donc que ce maléfice, ce sortilège ? Peut-être m'en faut-il plus ? Je me ressers du café que je bois. Le dessin ne surgit pas beaucoup mieux mais maintenant j'ai envie de pisser. J'y vais. J'en profite pour refaire le plein. De nouveau café et de nouveau penché sur la feuille de papier. Grrr ! Ah ! Je sais ! J'ai trouvé ! C'est le crayon qui est mauvais ! Mais bien sûr ! Suis-je sot !
L'autre porte-mine n'est pas plus efficace. Ou pas beaucoup plus. Cette fois-ci, je sors la grosse artillerie sous la forme d'un vrai crayon à papier[3], crayon à papier qui se révèle tout aussi inefficace. Mais en fait, je sais que le problème vient de ce que je n'aie pas imaginé convenablement l'idée à illustrer. Je me donne quelques minutes pour réfléchir posément à la question mais ça finit vite par m'agacer. Je déteste trop réfléchir.
Une copine passe me dire bonjour et me souhaiter une bonne année. Je refais du café et nous buvons du café et elle s'en va et je reprends le papier et le crayon et ça ne marche pas et merde. Il va me falloir m'acharner et beaucoup gommer, dépenser du papier et broyer du noir mais il va bien arriver qu'un dessin finisse par surgir.

Notes

[1] et là, j'ai bien conscience que c'est de l'humour un peu moisi

[2] qui finalement n'était pas sale du tout

[3] ou crayon de bois ou crayon noir selon les régions

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