jeudi 8 novembre 2018

Manu militari with love

Que l'on ne vienne pas me raconter que ça n'est pas calculé. Notre président de la République française à nous qu'on a pour le moment a déclaré :

"Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l’armée à la victoire, comme chaque année. Mon chef d’état-major sera présent à cette cérémonie"

Parmi ces maréchaux, il y a Philippe Pétain. Lorsque l'on parle "maréchal", pense-t-on à Joffre ou à Foch (pour ceux des années de guerre) ? Bien sûr que non. On pense à Pétain.
Lorsque l'on pense Pétain, pense-t-on au héros de Verdun ? Vous, je ne sais pas mais moi, non. Pétain, c'est "je fais don de ma personne à la France", c'est Vichy, la collaboration, la milice, les déportations, les lois d'exception.
Honorer les chefs d'armée de la Grande guerre, déjà, on peut se demander. Il avait pourtant été dit que l'on ne glorifierait pas la guerre, que l'on allait plutôt la pleurer. A mon sens, mais je suis peut-être un poil trop anti-militariste, je préfère le souvenir de l'horreur et de la bêtise plutôt que des victoires bien maigres en regard avec les mortels échecs. Si je veux un souvenir de cette guerre, je préfère celui des anonymes à celui des grands "va-t-en guerre".
On ne peut rien contre l'Histoire. Cette guerre a eu lieu, elle a eu ses raisons, on peut les expliquer. Elle a eu sa fin, on peut l'expliquer aussi. Elle a eu ses conséquences que l'on peut également expliquer aujourd'hui. Grandir les maréchaux et généraux de cette guerre c'est chercher à grandir la France, peut-être, mais c'est aussi, selon moi, donner un message perturbant.
Macron est revenu sur ses propos. Il se justifie en rappelant qu'il s'est trompé, que l'on l'a mal compris. Il n'honorera donc pas Pétain. Il n'en reste pas moins que le message est donné et que je ne le comprends pas encore tout à fait. Pourquoi préciser vouloir honorer les chefs militaires alors que, finalement, ça allait de soi et que ça aurait pu être fait sans qu'il soit nécessaire de l'annoncer ? Macron aurait, dans un discours, chanté les louanges de ces chefs, il aurait cité Pétain en disant les réserves sur l'autre Pétain, celui des années 40, qu'aurait-on trouvé à dire ? Pétain, on ne peut le nier, a bien été un chef durant le premier conflit mondial. Le Pétain de Vichy n'éclipse pas celui de Verdun.
Ce qui est troublant, c'est que cette annonce de Macron arrive quelques jours après qu'il ait jugé utile d'agiter le spectre des années 30. Alors, peut-être ne faut-il pas lui faire de procès trop hâtif. Peut-être voit-il ressurgir un peu partout les idées et les régimes d'extrême-droite et, peut-être aussi, s'est-il laissé porté par sa peur d'un retour des fascismes. Il n'en reste pas moins que la polémique née de ses propos à propos de Pétain en cette période me semble délétère pour la démocratie en cela qu'elle peut être mal comprise.
Honorer Pétain, en cette période actuelle trouble, c'est dangereux. C'est à la fois banaliser le régime de Vichy et, par extension, le nazisme, le fascisme et l'ensemble des régimes autoritaires. Chez moi, le doute persiste. Pourquoi Macron a-t-il tenu à tenir ces propos ? Tout cela pour annoncer finalement que Pétain ne sera pas mis à l'honneur. Ce peut aussi n'être qu'une astuce pour brouiller les esprits, mettre un peu d'interférences dans les idées.

Macron prépare le plan de communication des futures présidenti

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