vendredi 5 octobre 2018

Dénonciation et délation sont dans un bateau

C'est une histoire qui me turlupine[1]. Elle semble se dérouler à Marseille. Un moniteur d'auto-école tente d'extorquer la somme de cinq-cents euros à un jeune élève en échange d'un prétendu "bon rapport" donné à l'inspecteur le jour du permis. La menace est que si la somme n'est pas donnée, le rapport est mauvais et que le jeune n'aura pas le permis.
Ce jeune dont il est question connaît des personnes qui produisent des vidéos publiées sur youtube. Ensemble, ils vont piéger le moniteur d'auto-école à l'aide de caméras cachées. Dans la vidéo où le visage du moniteur est flouté, on entend très clairement le marché proposé au jeune et les tentatives d'intimidation. L'escroc est pris la main dans le sac, il va tenter de s'est s'en sortir en appuyant sur la fibre sentimentale des jeunes en expliquant que si on le dénonce, il va perdre son boulot, sa femme (il est employé dans l'auto-école de sa belle-mère). Il termine en promettant de ne plus jamais tenter d'arnaquer ses élèves.
La vidéo est mise en ligne et les auteurs demandent au public de choisir la marche à tenir. Faut-il dénoncer ou pas ? Quelques jours plus tard, les voix ont parlé, il est coupable, il doit payer.
Une autre vidéo est réalisée. Elle montre dans un premier temps l'équipe de vidéastes en train d'expliquer les agissements du moniteur d'auto-école à la directrice. Elle n'en revient pas, elle semble abattue. Elle accepte que l'on place une caméra cachée pour tenter de piéger une seconde fois ce moniteur. L'idée est de le conduire à accepter de faire des arnaques pour sauver l'auto-école qui serait dans une situation financière difficile. La proposition lui est faite, il accepte rapidement en reconnaissant avoir déjà pratiqué la chose. Alors, l'équipe de vidéastes apparaît.
La mère appelle la fille pour lui dire les agissements du gendre, la femme ne veut rien entendre des explications ou excuses du mari, la mère demande à la fille de partir de chez elle, le gendre est licencié dans la foulée.
Cette deuxième vidéo se termine avec l'annonce de la dénonciation du moniteur à la police.

Alors, ça me met mal à l'aise. D'un côté, les deux vidéos publiées semblent bien montrer que le moniteur d'auto-école n'a pas de scrupule particulier à tenter d'arnaquer son prochain et c'est mal. De plus, alors qu'il s'y était plus ou moins engagé, il ne rechigne pas un instant à accepter de mettre en place des petites combines pour faire payer son semblable plus que nécessaire. C'est re-mal. D'un autre côté, il est clair que cette affaire va avoir un impact non négligeable sur la vie personnelle de ce moniteur que l'on qualifiera d'indélicat. Et ne parlons pas des suites judiciaires possibles et de la mise en difficulté pas impossibles pour l'auto-école.
Disons-le, ce mec a tout d'un bon salopard. Il use et abuse de sa situation. Ce n'est pas très déontologique. Mais ! Oui, ça me dérange de voir ces vidéos et, pourtant, je comprends le but recherché. Ce qui me dérange, c'est la séance d'humiliation (un peu gentille ceci dit). On n'est pas dans du cassage de gueule ou de l'humiliation dégradante.
A la fin de la première vidéo, j'aurais dit de laisser tomber, de ne pas dénoncer le moniteur. Je voulais croire sa promesse, j'entendais sa peur de perdre son boulot et sa famille. Il m'avait attendri, quoi. A la fin de la deuxième vidéo, je suis beaucoup moins indulgent ! Et pour autant, fallait-il le dénoncer ? Sans doute que oui, qu'il arrête, qu'il cesse ses agissements condamnables, qu'il ne fasse pas d'autres victimes. Je n'aurais pas été un très bon juge.

Si cela vous intéresse, vous pouvez voir ces vidéos que j'ai vues parce que souffrant et n'ayant rien de mieux à faire pendant que ça tambourinait sous le crâne et .

Vous êtes allés voir ces vidéos ? Vous en pensez quoi, à chaud, comme ça ? Hein ? Non parce que, semble-t-il, tout cela serait archi bidon, ce ne serait qu'un truc scénarisé, mis en forme, plus ou moins écrit. Bon, c'est ce qui semblent être dit dans les commentaires de la première vidéo. Et à la réflexion, ce n'est peut-être pas faux que ce n'est pas vrai. Hein ?

Note

[1] oui, de cheval, je sais

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