jeudi 11 janvier 2018

Déréliction

C'est pour le moins curieux. Dans un bouquin en cours de lecture, je tombe sur ce mot : déréliction. Ce mot m'est inconnu. Je ne me souviens pas avoir auparavant été confronté à lui. Ou alors, ce n'est pas impossible, je l'avais oublié. Ou je n'avais pas fait attention à lui. Déréliction. Ce mot m'étonne assez pour que je glisse le bout de papier qui me sert de marque-page et que j'aille en chercher la définition.
Hier, à peine quelques jours après la possible première rencontre avec ce mot, je le retrouve dans une revue. Comment se peut-il donc qu'un mot m'ait épargné pendant tant de décennies et qu'il apparaisse ainsi à quelques jours d'intervalle sous mes yeux ? S'il est probable que ce n'est là qu'un événement fortuit sans signification particulière, il n'en est pas moins étonnant que ce mot a retenu mon attention au point que j'éprouve le besoin d'aller vérifier sa signification.
Des mots de moi inconnus, il y en a plein les dictionnaires courants et plus encore dans les ouvrages savants. Mon vocabulaire est ce qu'il est, truffé de lacunes, de manques, de trous. Il est encore plus pauvre, plus restreint, dès lors que je m'exprime oralement. C'est d'ailleurs assez curieux, cette affaire de vocabulaire. Lorsque je lis un livre, je suis assez à l'aise. Souvent, je comprends à peu près tous les mots marqués là. Et pour autant, il y en a de pleins paniers que je n'utilise jamais. Je suppose que nous avons tous notre petit lexique personnel, construit de bric et de broc au gré de notre existence, de nos expériences, de nos rencontres, de nos centres d'intérêt et que sais-je encore ?
Et maintenant que j'y pense, il me semble aussi qu'il peut arriver que l'on soit parfois confronté à des mots dont on n'a pas le sens et auxquels on s'accommode sans se poser plus de question à leur propos. Alors, c'est peut-être parce que ces mots sont dans un contexte. On les écarte parce que le contexte semble les expliquer. Dans le langage courant, on a tendance à redire son propos sous différentes formes pour être certain d'être compris. On radote au quotidien sans en avoir conscience. On se répète, on insiste, on ne prend pas en compte le fait que l'autre est peut-être assez intelligent pour comprendre du premier coup. On a comme un doute.
Et donc, "déréliction". J'ai cherché le sens du mot, je l'ai trouvé. Il est plus que probable que j'aurai tout oublié à son sujet d'ici quelques heures. Je n'ai aucunement l'intention de l'intégrer à mon glossaire intime. Néanmoins, ce mot m'a arrêté dans la lecture. Pourquoi ? A priori, il n'aurait pas dû. Il ne me semble pas qu'il gênait la compréhension du texte. Dans mon souvenir, parce que j'ai relu tout le passage après avoir cherché la définition du mot, j'avais parfaitement compris le sens du texte. J'aurais pu passer outre, poursuivre la lecture, faire l'impasse sur cette lacune lexicographique. Ou alors, c'est justement parce que j'avais compris le sens que le mot m'a arrêté ?
Il n'en reste pas moins vrai que je n'ai aucun amour particulier pour ce mot et cela d'autant moins que je ne le trouve même pas joli. D'ailleurs, je pense que le mieux, c'est de l'abandonner.

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