vendredi 3 mars 2017

Plan B comme Bordel

A ce qu'il se dit, Juppé se préparerait. Apparemment, il serait finalement disposé à endosser le rôle ingrat du plan B. Comme qui dirait, il serait prêt à faire don de sa personne à la France. C'est de l'abnégation ou je ne m'y connais pas.
D'un autre côté, Fillon, lui, il tient à son statut de plan A. Et je le comprends, Fillon. Ce ne doit pas être simple d'abandonner si près de la ligne d'arrivée. Au mieux, il était en troisième position dans les pronostics de la primaire de la droite. A force de pugnacité et de "Vous imaginez le Général de Gaulle...", il a battu Sarkozy et Juppé et tous les autres. Il pouvait sourire de tous ses sourcils, le Sarthois ! L'Elysée était à portée de vue et il allait pouvoir foutre du libéralisme forcené partout. Il exultait et il y avait de quoi. Belle revanche pour un ex-premier ministre qui était qualifié de "collaborateur" par Sarkozy. Se retrouver à la tête du pouvoir pour un homme plein d'ambition qui doit rêver à ça depuis des décennies et être près de se casser la gueule en pleine course à cause d'un canard, c'est rageant. Du coup, il est assez colère, le Fillon. Il n'admet pas. Il refuse. Il ne se retirera pas.
Par contre, ceux qui se retirent, ce sont ses soutiens qui devinent un futur moins lumineux que promis et qui espèrent ne pas tout perdre en soutenant le plan B Juppé. C'est un peu désespéré, il faut le reconnaître. Et d'un autre côté, comment continuer à soutenir Fillon maintenant qu'il s'enfonce lui-même un peu plus chaque jour ?
Il n'aurait pas raconté que le Canard enchaîné avait menti, il n'aurait pas dit que ce journal palmé agissait sous les ordres de la gauche, il n'aurait pas persisté à dire que Pénélope avait bien travaillé (et dur et fort et sans compter les heures), il n'aurait pas dit qu'il se retirerait s'il était mis en examen, il n'aurait pas dit encore que tout cela était piloté par l'Elysée... Il n'aurait pas accusé les juges d'êtres partiaux, il n'aurait pas appelé à une manifestation contre ces juges au Trocadéro ce dimanche, bon, peut-être était-ce encore jouable mais maintenant, ça promet d'être un peu difficile.
Le plus intéressant, c'est que Fillon se montre sous son vrai visage. C'est un fou. Franchement, ça fait peur de l'imaginer président de la République. On voit que c'est ce genre de personne capable de n'importe quoi juste histoire de ne pas reconnaître avoir perdu. Du genre à déclencher une guerre thermo-nucléaire juste parce qu'un chef d'état lui aurait mal parlé ou aurait refusé un pot de rillettes confectionnées par Pénélope. On le voit colérique, butté, borné, revanchard, menteur, prompt à se dédire. Une sorte de Trump à la française, en quelque sorte.
Heureusement — ou pas — pour lui, il a encore des soutiens indéfectibles. Nadine Morano par exemple. Par contre, même Christine Boutin demande à Fillon d'arrêter ! C'est donc que les choses vont mal chez les Laids Républicains. Et il doit être difficile de soutenir Fillon, de trouver les bons arguments, les bons mots. Pour certains, Fillon doit maintenir sa candidature par respect pour les électeurs des primaires. Pour d'autres, il doit continuer juste parce que c'est lui qui a le meilleur programmes. Pour d'autres encore, il doit aller au bout parce qu'il ne faut pas faiblir face aux attaques dégueulasses de la presse, de la gauche, des juges. C'est maladroit, c'est désespéré, c'est du perdant-perdant.
Je ne sais pas vraiment ce qu'aurait dû faire Fillon pour éviter cette chute catastrophique. Son tort a sans doute été de se présenter lors des primaires comme le candidat propre sans casserole. Evidemment, ça donne envie de gratter un peu, d'aller y voir de plus près. On ne sait pas pour le moment si Pénélope a travaillé ou pas. Par contre, on sait qu'elle a été bien payée. Plus que ce que gagnent les attachés parlementaires habituellement. On peut dire que c'est une peccadille et que ça ne mérite pas un assassinat politique. On peut aussi, au contraire, considérer cela comme suffisamment grave et représentatif du personnage pour justifier la mise à mort. Parce qu'enfin, un type qui vous bassine sur les économies à faire, qui promets aux plus pauvres encore plus de difficultés, qui propose la suppression de centaines de milliers d'emplois chez les fonctionnaires, qui prétend qu'il est nécessaire d'arrêter de gaspiller l'argent de l'état ne peut pas, dans le même temps, rétribuer si grassement ses proches, femme et enfants en premiers. Avant le problème de droit, avant la question d'emplois fictifs, c'est d'honnêteté dont il est question. Honnêteté et parole tenue sont, c'est clair aujourd'hui, des notions étrangères à M. Fillon.
Bien entendu, s'il se maintient malgré tout il y aura tout un tas d'électeurs de droite qui le suivront et il est même possible qu'il parvienne à faire mieux que les candidats de gauche. Mentir, voler, arnaquer, ce sont bien les valeurs qui conviennent aux gens qui pensent à droite. Pour eux, la réussite personnelle passe avant tout, il n'y a pas de place pour la morale. Ils parlent de mérite, il prétendent qu'ils doivent leur réussite au travail mais en réalité, ils la doivent à l'écrasement des autres. Tous les moyens sont bons pour "réussir". Réussir quoi ? Je ne sais pas.

Un soutien à Fillon très perfectible dans la forme

Haut de page